de Romain Descendre et Jean-Claude Zancarini, La Découverte, 600 p., 27 €.

J.-C. Zancarini : – Si Gramsci plaît autant, c’est peut-être parce qu’on a l’impression qu’il donne un rôle plus important aux intellectuels qu’aux prolétaires. Est-ce réellement le cas ?
Romain Descendre : – Il y a effectivement un quiproquo. Avant toute chose, il faut comprendre ce qu’est un intellectuel pour Gramsci. Il en a une définition beaucoup plus large que la définition classique. Pour lui, ce sont tous ceux qui donnent cohérence et conscience à la classe. Il y a deux types d’intellectuels. D’abord, les intellectuels organiques, qui sont issus des classes subalternes et qui, par un processus pédagogique, deviennent des intellectuels du prolétariat ou des paysans. Ensuite, il y a les intellectuels traditionnels, qui ont fait des études, comme lui. Ils peuvent être communistes, libéraux ou autre. Pour Gramsci, les intellectuels doivent être en lien permanent avec les subalternes. Dans un passage de ses « Cahiers de prison », il explique que les intellectuels savent mais ne sentent pas, ne ressentent pas, alors que les prolétaires, les subalternes, ressentent, sentent mais ne savent pas. Il doit y avoir un rapport dialectique entre les deux groupes. Il faut que les subalternes deviennent des intellectuels organiques et que les intellectuels traditionnels, avec leurs formations acquises à l’université, comprennent les subalternes. C’est un mouvement minutieux et long, qui doit être permanent. Dirigeants et dirigés doivent se transformer. C’est ce qu’il faisait : il allait dans les usines, quand elles étaient occupées, il passait des nuits avec les gens qui les tenaient, avec des armes, et il les écoutait beaucoup. (Marianne, 29 juin – 5 juillet 2023, p. 57) ■
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