
CATASTROPHE A TOULON
–1911 – 25 septembre : EXPLOSION DU CUIRASSE « LIBERTÉ » DANS LE PORT DE TOULON, 300 VICTIMES – La population de Toulon s’apprête à enterrer les neufs victimes de la «Gloire», quand une formidable explosion lui apprend qu’un nouveau malheur s’est abattu sur le port. Cette fois les victimes se comptent par centaines.
CATASTROPHE MARITIME DANS LE PORT DE TOULON
La population de Toulon s’apprête à enterrer les neufs victimes de la «Gloire», quand une formidable explosion lui apprend qu’un nouveau malheur s’est abattu sur le port. Cette fois les victimes se comptent par centaines.
LE CUIRASSÉ LIBERTÉ EXPLOSE FAISANT 300 MORTS.

A 5h53 exactement, une gerbe immense de feu s’élève de la « Liberté », un cuirassé d’escadre lancé en 1905 dont le commandant, capitaine de vaisseau Jaurès, frère du député du Tarn, est en permission, de même que son second, capitaine de frégate Joubert. Une détonation terrible s’entend et le mastodonte de 18 000 tonnes soulevé comme un fétu de paille dans sa partie avant, coule immédiatement. Une minute après, on aperçoit plus, sur rade, qu’un îlot formé de ferrailles déchiquetées aux débris informes. De Toulon, de Saint-Mandrier, on a vu la lueur et entendu l’énorme détonation qui a fait trembler les maisons à La Seyne et à Saint-Mandrier, aussitôt suivie de deux autres semblables, puis d’une quatrième formidable qui a réveillé en sursaut tous les habitants et a détruit plusieurs devantures. L’effet de l’explosion a englouti aussi grand nombre de chaloupes et de canots à vapeur.

Non seulement les obus de tout calibre ont explosé mais encore des torpilles et l’une d’elles, aveugle, dirigée avec une précision que la fatalité seule peut expliquer, a frappé la « République » à quelques centimètres de la ligne de flottaison, faisant une profonde blessure à la coque du navire, sur le flanc bâbord arrière. Le capitaine de vaisseau de Keraudren, à son poste de commandement donne des ordres pour organiser les secours. Oubliant que le navire fait de l’eau, qu’ils peuvent à leur tour, être engloutis, les matelots de la « République » songent d’abord à leurs camarades et font tout leur devoir. Quand le calme est revenu, on constate que deux cadavres de la « Liberté » avaient été projetés sur le pont de la « République ». Ils sont aussitôt enveloppés et dirigés peu après sur l’hôpital Saint-Mandrier.

A bord de la « Démocratie » un obus de 305 a
frappé par tribord, à l’arrière du navire, à la hauteur du carré des officiers, faisant de gros dégâts mais pas de victimes. Par contre, des cornières de la Liberté» volent en éclats au moment de l’explosion, et une tôle, venant s’abattre sur le pont, frappe mortellement trois matelots de la « Démocratie ».

Sur les autres navires mouillés en rade, l’effet de l’explosion est violemment ressenti.

A 6 heures du matin la rade de Toulon présente déjà un aspect animé. Deux steam-boats traversent la rade quand l’explosion se produisit. Venant de Saint-Mandrier et de La Seyne, ils transportent les ouvriers de l’arsenal et des forges et chantiers. La panique à bord est intense au début, mais vite réprimée malgré les éclats d’obus et de fer, qui tombent sur les petits navires. Le steam-boats de Saint-Mandrier peut continuer sa route sur Toulon, tandis que celui de La Seyne doit faire demi-tour, ne pouvant traverser les épaves qui surnagent sur la rade (Gisèle Argensse, 1989, p. 139).

Au cimetière de La Seyne est enterré Louis Gautier, quartier-maître mécanicien, époux de Joséphine Mathieu, qui fut parmi les 300 victimes de l’explosion du cuirassé. Retrouvé dans la rade de Toulon, huit jours plus tard, son corps fut déposé dans le caveau du Souvenir Français à La Seyne le 3 octobre suivant. Le 5 octobre, sa fille Louise venait au monde (Marius Autran, tome 7, 1999).