LE VAR DANS LA PROVENCE du HAUT MOYEN ÂGE

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Haut Moyen Âge, recherche d’une définition.

En Provence, la recherche sur le haut Moyen Âge a longtemps souffert d’un flou documentaire, tant textuel qu’archéologique, pour la période comprise entre la fin du VIIe et le milieu du Xe siècle. À une période de profond remaniement de la trame du peuplement rural et urbain, entre les Ve et VIe siècles, suivent trois siècles et demi que l’on peine encore à saisir. Jusqu’à présent, seul le site de Saint-Pierre d’Eyguières (Bouches-du-Rhône) livrait les indices probants d’une continuité d’occupation d’un domaine rural, sous des formes différentes, entre les Ve et Xe siècles. La reprise de la fouille de l’habitat de hauteur de Sainte-Candie, dans le cadre d’un travail de thèse dirigé par Luc Bourgeois, a néanmoins permis de confirmer la réoccupation d’une partie au moins du site dès la fin du VIIe et le début du VIIIe siècle. Cette découverte vient confirmer, à l’appui d’un faisceau d’indices éclatés sur plusieurs autres sites, la réoccupation, ou la fréquentation à cette période, d’une partie des 80 habitats perchés des Ve-VIe siècles actuellement recensés en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. L’ampleur et les motivations de ce phénomène, notamment ses liens avec le devenir du grand domaine de plaine, ne pourront être précisées que par l’affinement des chronologies des gisements archéologiques.

Le climat.

Considérations sur le climat : Le maximum des glaciers alpins, que l’on situait entre 340 et 620 laisse désormais place au petit optimum du haut Moyen Age. Brusquement, dans les cinq siècles qui précèdent 1125, le niveau de la courbe s’élève, plafonne et demeure constamment plus forte qu’elle ne sera au cours des siècles glacés qui marqueront le petit âge glaciaire(XIIIe-XIXe siè­cle).

Conséquences

Les hommes du Nord ont donc profité, sans aucun doute, des facilités que leur offraient alors certains rivages arctiques, plus libres de glace qu’à l’ordinaire. Ils ont débarqué à qui mieux mieux sur les terres marginales qui forment les royaumes de Thulé. La colonisation de l’Islande au IXe siècle, celle du Groenland au Xe siècle, ont bénéficié, la première peut-être, la seconde sûrement, de ce bonus climatique. Deux siècles et demi plus tard, un évêché de Groenland est fondé à Gardar en 1126.

En Provence, il apparaît clairement que les habitats perché réapparus à la fin de l’Antiquité tardive au cours de laquelle un épisode pluvieux avait entravé l’utilisation des terres basses agricoles, tendent à disparaître à partir de la fin du VIe s. Cependant, des retours de froids extraordinaires se font sentir, tels ceux, dans l’intérieur de la Gaule, signalés du début d’octobre 763 à la fin de février 764. En certaines contrées de notre pays, il serait tombé, au dire des historiens, jusqu’à 10 m de neige. Mais il faut relativiser, puisque, le 22 juillet 800, un preux de Charlemagne se plaint de l’été trop accablant et du dérèglement des saisons.

Cependant, au IXe siècle, la liste des étapes du nouvel itinéraire de la voie aurélienne indique que , durant le haut Moyen Âge, Taurœntum (Le Brusc) aurait été la seule agglomération connue entre Toulon et Ceyreste.

VIe-VIIIe siècle.

La domination wisigothique puis ostrogothique

Au sud, en 484, pour résister à la pression des Burgondes et des Francs, le Wisigoth Alaric II s’allia à Théodoric, roi des Ostrogoths d’Italie, dont il devint le gendre, et promulgua une Lex Romana Wisigothorum applicable à l’ensemble de ses sujets.

De son côté, Clovis, qui avait succédé à son père en 481, attaqua le royaume burgonde en 500 mais ne réussit pas à prendre Avignon.

En 507, une coalition de Francs et de Burgondes attaqua Alaric II qui fut vaincu et tué à Vouillé, près de Poitiers. Clovis prit alors Bordeaux, puis Toulouse.

Au printemps 508, à la suite de ces victoires, Burgondes et Francs envahissent la Provence et assiègent Arles qui résista longtemps malgré une épidémie de peste qui entraîna une énorme mortalité. Depuis l’Italie, Théodoric envoya une armée pour desserrer l’étau. Ce qui força les Francs et les Burgondes à lever le siège tandis que Théodoric faisait beaucoup de prisonniers et réussissait à reprendre Nîmes et Narbonne.

Le roi Burgonde Gondebaud dut alors traiter : Théodoric garda la Septimanie, la Viennoise, la Narbonnaise II et les Alpes-Maritimes. La frontière avec les Burgondes fut à nouveau fixée sur la Durance, mais Théodoric garda Avignon où il plaça une garnison.

Durant 25 ans environ, la Provence fut gouvernée par des fonctionnaires nommés par les rois ostrogoths.

L’établissement de la domination franque

En 532, Les Francs ravagèrent les alentours d’Arles puis s’emparèrent du royaume burgonde. En 536, Vitigès, le roi des Ostrogoths, devant faire face l’attaque de Justinien en Italie, offrit la Provence au Francs en échange de leur neutralité. Les Ostrogoth se retirèrent et les Francs occupèrent pacifiquement le pays : ils avaient l’appui de l’Empereur et partageaient la foi catholique de la population.

Selon E.-H. Duprat, la Provence était restée en indivision entre les Francs Childebert et Théodebert. A la mort de Théodebert en 548, Childebert accapare l’ensemble de la Provence et s’y maintint jusqu’à sa mort en 558. A cette date, il donna à l’église Notre Dame de Paris deux domaines (villae) situés dans le territoire de Fréjus (supra p. 86).

Clotaire, dernier fils de Clovis, réunifia l’ensemble du royaume franc entre 558 et 561, mais, à sa mort la Provence fut partagée entre deux de ses fils Gontran, qui avait hérité la Burgondie, obtint la plus grande part, mais une bande de terre fut laissée à Sigebert, puis à Childebert II, rois d’Austrasie. En 561, Marseille fut attribuée à l’Austrasie et l’on créa un couloir encadrant une route passant par Avignon, Vernègues, Salon, Lançon, Rognac. Selon Duprat, ce territoire se serait étendu jusqu’à Aix, Saint Maximin, Rians, Le Val, Garéoult et La Cadière. De part et d’autre, Arles et Toulon étaient incluses dans la part de Gontran. De la mort de ce dernier (593) à la disparition de Dagobert (634), il n’est pas certain que la Provence ait subi de nouvelles divisions.

Les années noires : 568-599

Au cours de cette période, la Provence souffrit de trois fléaux : les pillages par de nouveaux peuples barbares, les guerres civiles et les épidémies.

En 569, les Lombards traversèrent les Alpes et envahirent la Provence.

En 573, les Saxons s’avancèrent par la Durance.

En 574, les Lombards attaquèrent à nouveau la Provence en 574, passant vraisemblablement par la côte en se rendant de Nice en Avignon.

Dans les mêmes années, , mais.

Dans les années 580, les guerres civiles ravagèrent le pays, surtout la Provence rhodanienne.

Le climat d’insécurité était aggravé par une drama­tique épidémie de peste relatée par Grégoire de Tours qui ravagea tout le Midi entre 586 et 599 et correspond probablement à la peste bubonique venue d’Orient sous le règne de Justinien. Grégoire de Tours écrit : « Comme les cercueils et les planches manquaient, on enterrait dix corps et plus dans une même fosse […]. La mort était subite. »

Cette hémorragie expliquerait pour une bonne part la désertion de nombreux habitats et la diminution des villes. L’épidémie se réveilla périodiquement au VIle siècle, au moins en 643 et en 689.

La Provence sous les derniers Mérovingiens

Entre 613 et 623, Clotaire II hérita de tout l’empire franc qu’il transmit ensuite à Dagobert son fils. La Provence resta donc unifiée jusqu’en 634.

En 656, Clovis II réunifia le royaume, mais, en 663, son fils, Clotaire III dut, sous la pression des grands, donner l’Austrasie à son frère, Childeric IL La Provence pourrait donc avoir été à nouveau partagée entre 663 et 673, année de la mort de Clotaire.

Dès 681, la mort de Dagobert permit la réunification du royaume.

Au cours de cette période, l’administration de la Provence fut confiée à des patrices qui exerçaient leur pouvoir avec une certaine autonomie. Ils s’arrogèrent des droits régaliens, notamment celui de frapper monnaie à leur nom.

L’avènement de Charles Martel fut une période d’anarchie en Aquitaine et en Bourgogne. Après avoir battu les Arabes à Poitiers en 732, il vint rétablir l’ordre franc en Provence, s’emparant d’Arles et de Marseille en 736.

Les exactions des Francs qui pillaient le pays poussèrent les aristocrates provençaux et le patrice Mauronte à s’allier aux Arabes d’Espagne qui, en 737 passèrent le Rhône et, avec l’aide des habitants, chassèrent les garnisons franques d’Arles et Avignon.

Au printemps de 737, Charles Martel chargea son demi-frère Childebrand de reconquérir la Provence rhodanienne.

En 738, il vint mettre le siège devant Avignon, emporta la ville d’assaut et massacra les habitants.

Charles Martel reprit alors Avignon et l’ensemble de la Provence avec l’aide des Lombards qu’il avait sollicitée. La répression fut féroce et les biens des aristocrates rebelles, mais aussi ceux des églises, furent confisqués.

Cette dramatique mise au pas acheva d’affaiblir la Provence. Certaines régions, comme une partie du Var, étaient désormais presque vides d’hommes. Les listes épiscopales, nos seules sources désormais, présentent de longues lacunes entre 636 et 788 pour Fréjus et entre 680 et 878, pour Toulon.

Le milieu du VIlIe siècle est donc marqué par une disparition quasi totale des sources écrites (le dernier document étant le testament d’Abbo), mais aussi archéologiques. Aucun gisement, mis à part Saint-Estève à Evenos et Saints-Côme-et- Damien à La Cadière, n’a livré de vestige datable de la première moitié du VIIIe siècle.

Roquebrune-sur-Argens (Var). Sainte-Candie. Responsable d’opération : Jean-Antoine Segura. Lacune que des sites actuellement en cours d’études sont susceptibles de combler, tel l’habitat de hauteur de Sainte-Candie à Roquebrune-sur-Argens (Var) qui connut une réoccupation, au moins partielle, en plusieurs phases entre la fin du viie s. et le courant du viiie siècle.

L’ORGANISTATION ADMINISTRATIVE.

Le fonctionnement administratif sous les Wisigoths n’a pas laissé de document, mais, sous la domination ostrogothique, Théodoric était représenté en Provence par un préfet du prétoire connu par la correspondance d’Avit de Vienne. L’autorité militaire, quant à elle, était aux mains de comtes, comme Marabadus.

Le fonctionnement des institutions municipales nous échappe en grande partie. Toutefois, il est possible que même les élites d’origine romaine aient eu tendance à ne plus remplir leurs fonctions traditionnelles dans les villes et désertèrent les villes pour vivre à la campagne et ne faisaient plus instruire leurs enfants dans les écoles.

Sous les Francs, la Provence fut gouvernée par des préfets ou des rectores. Après le milieu du VIIe siècle, ils furent appelés patrices et gouvernaient l’ensemble de la Provence. Seul Abbo, probablement le dernier patrice de Provence, est mieux connu, car son testament daté du 5 mai 739 a été conservé. Il légua à l’abbaye de Novalaise en Tarentaise, l’essentiel de ses propriétés, de vastes domaines situés dans toute la Provence et notam­ment dans la région de Toulon (voir supra p. 86).

En Septimanie, où l’autorité du roi ne s’exerce plus depuis la seconde moitié du VIIème siècle, le pouvoir est détenu successivement par des ducs.

Pensant profiter des dissensions qui règnent musulmans espagnols, le duc Eudes donne sa fille en mariage au chef berbère commandant les troupes de Septimanie en révolte contre le gouvernement arabe d’Espagne. Mais l’Arabe bat le Berbère en 731 et se retourne contre Eudes, allié du vaincu, qui est défait au confluent de la Dordogne et de la Garonne entre 731 et 732. Les portes de Bordeaux s’ouvrent toutes grandes aux Musulmans, puis celles de la Gaule avec les prises de Périgueux, Saintes et Angoulême.

En octobre 732, Abd al-Rahman, fils de Abd Allah al-Ghâfiqî, poussant une pointe aventureuse vers la Loire, se heurte aux troupes franques commandées par Charles Martel, le maire du Palais, auquel Eudes a fait appel en échange de sa soumission. Abd al-Rahman meurt ainsi qu’un grand nombre des siens au lieu-dit la Chaussée des Martyrs (Balât ach-Chohada).

Avec cette bataille, l’expansion de l’Islam en Occident atteint ses limites extrêmes. Déjà la chrétienté commence à réagir.

Les Musulmans se replient sur la Septimanie et les villes de Carcassonne et de Narbonne où ils s’accrochent un temps grâce à l’appui des Provençaux, avec qui ils s’allieront en 734 contre Charles Martel par un traité signé entre le gouverneur de Narbonne et Mauronte, patrice de Provence, quelquefois donné comme duc.

Dès 752, les Sarrasins, obligés de changer leurs méthodes, se lancent dans des raids maritimes contre le pays des Francs.

De 768 jusqu’en 814, l’Occident vit sous le règne du plus grand conquérant de la dynastie carolingienne, Charlemagne, fils de Pépin le Bref. Après avoir porté la guerre en Italie, en Germanie, en Espagne et contre les Slaves, sa politique de distribution des terres précipite le processus de féodalisation à l’issue duquel l’empire qu’il a créé se disloque. Défenseur du pouvoir temporel du pape, Charlemagne confirme solennellement la donation de son père dans une Italie dont les Lombards et les Byzantins ont perdu la maîtrise depuis longtemps. Dès 774, devenu roi des Lombards, il règne sur le monde chrétien d’Occident, exceptée sur la Grande Bretagne.

En 771, la Provence est à son tour englobée dans le royaume de Charlemagne. Administré par des comtes et des évêques, inspecté par des missi, le pays ne semble cependant avoir tiré aucun bénéfice de la renaissance carolingienne.

Au printemps de 778, s’appuyant sur le nouveau royaume d’Aquitaine gouverné par son fils aîné Louis, Charlemagne décide de conquérir l’Espagne. Il exploite pour cela les obstacles que l’émir de Cordoue rencontre dans le monde musulman et dans son propre pays où Arabes et Berbères s’opposent dans le centre de l’Espagne, tandis que certains gouverneurs, dont ceux de Barcelone et de Sarragosse, recherchent l’alliance des Francs. 

Ces appels fournissent à Charlemagne le prétexte rêvé d’une croisade approuvée le pape. Malheureusement pour lui, lorsqu’ils se mettent en route, il est déjà trop tard : Barcelone et Sarragosse se sont ralliée à Cordoue, ce qui vide de sens l’intervention des troupes franques qui,  d’amies devenues ennemies, doivent mettre le siège devant Sarragosse qu’elles ne peuvent prendre, car Charlemagne est contraint de se replier vers le Nord à l’annonce d’une révolte saxonne. Au passage, son armée détruit Pampelune, ville basque neutre, acte gratuit qui a pour conséquence l’anéantissement de son arrière-garde à Roncevaux.

Le royaume d’Aquitaine servira encore longtemps de zone de protection contre les Musulmans, même si, après la mort d’Abd al-Rahman 1er en 788, le siècle qui suit montre une Espagne profondément troublée par les nombreux soulèvements berbères épaulés par les wisigoths convertis.

En Provence, la mise en place d’un comte qui succède aux derniers patrices, s’inscrit dans une réorganisation de l’état carolingien qui unifie le royaume autour de sa capitale. Représentant du pouvoir, le comte Marcellin participe au plaid de Digne tenu en 780. Le texte, conservé dans les fonds de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, est la plus ancienne charte de ce monastère desservi à partir de ce moment par une communauté régulière.

Enfin, en 794, le concile de Francfort, en réunissant les métropoles d’Aix, d’Embrun et d’Arles, reconstituera la Provencequiaura trois provinces ecclésiastiques : Arles, Aix et Embrun mais n’apparaîtra pas comme l’une des terres appartenant au noyau dur de l’époque carolingienne. Peut-être en raison de sa situation excentrée et à son hinterland montagneux. D’ailleurs ses comtes suivent leur souverain en Italie et délaissent le comté soumis à leur  juridiction.

Charlemagne mort en 814, le gouvernement impérial connaît une période de turbulences qui ne cesse pas durant le règne de Louis le Débonnaire. Malgré une attaque conduite contre le port africain de Bône en 828, l’effondrement de la puissance carolingienne dû aux partages incessants de l’empire marque aussi celui de sa marine qui disparaîtra de la Méditerranée, laissant donc le champ libre aux Arabes

En 843 est signé le traité de Verdun qui entérine la scission de l’empire franc en trois royaumes gouvernés chacun par l’un des petits-fils de Charlemagne. Le partage ainsi réalisé a pour objectif principal d’attribuer à chacun d’eux une portion de la côte méditerranéenne.

Louis le Germanique reçoit la Francie orientale ou Germanie ;

Charles le Chauve obtient la Francie occidentale, berceau de la future France ;

Lothaire prend le titre d’Empereur ainsi que la Francie médiane composée d’une part de l’Austrasie, de la Bourgogne et de l’Italie, soit un territoire allant de la Frise à Rome, devenu plus tard la Lotharingie ou Lorraine, que Louis le Germanique et Charles le Chauve se disputeront à la mort de leur aîné en 855.

Le duché de Lyon, fondé sur les métropoles de Lyon et de Vienne, et la Provence, avec les métropoles d’Arles, d’Aix et d’Embrun, sont attribués à Charles, troisième fils du défunt qui meurt en 863. C’est le premier royaume de Provence.

A partir de 863, les rivalités entre Lothaire II, Charles le Chauve et Louis le Germanique pour l’héritage de Charles de Provence devaient occuper les guerriers provençaux. (…) Les pirates (…) s’emparent des villes avec une facilité déconcertante: n’avaient-elles plus de murailles?

Beau-frère de Charles le Chauve, Boson recueille en 871 le comté de Vienne, et en 872 le titre de duc d’Italie[1]. Au plaid de Pavie, tenu après Noël 875 par le nouvel empereur, Boson reçoit la Lombardie avec le titre de Duc[2] et la Provence à la tête de laquelle il place le comte Odilon qui restera à ce poste jusqu’en 886. Enfin, Charles le Chauve l’établit comme son représentant dans le royaume.

Un royaume de Provence naît enfin en cette fin du IXème siècle ; composé de la Provence, du Viennois et du Lyonnais, il aura à sa tête Louis, le fils de Boson, que les seigneurs et prélats provençaux réunis à Valence ont élu en 890. Dans ce nouveau royaume, tout comme en Italie, l’un des traits caractéristiques de cette époque est l’emprise violente des terres et des charges par des familles franques et leur clientèle, toutes d’origine bourguignonne. Proches de Boson et de ses successeurs, leurs représentants ont pour  diverses raisons abandonné définitivement leurs ambitions septentrionales et suivi leurs parents et seigneurs dans la course aux richesses du sud.

C’est le cas de Hugues de Provence, duc d’Arles, dont les espoirs bourguignons prennent fin lorsque son allié Thibaud, batard de Lothaire, est battu dans les Ardennes en 880, tandis que Bernard d’Auvergne reçoit la cité de Macon enlevée aux partisans de Boson ; et que Charles le Gros récupère toute la région de Jurane et de Transjurane qui échappe ainsi à Boson. Le rôle des cités du nord de la Francie décline, alors qu’émergent des agglomérations nouvelles fondées autour d’un nœud économique, d’un château, d’un évêché  ou d’un monastère. (…).

Pendant tout le milieu du IXe s., la Provence endure les assauts continuels des pirates sarrasins, mais aussi normands ou grecs.

Leur tactique est toujours la même: ils opèrent à partir de leurs navires et attaquent les villes côtières (…) Mais seule la basse Provence de l’ouest, la plus riche est dévastée (…):

Marseille en 838,

Arles en 842,

Marseille à nouveau en 848,

puis Arles en 850,

Arles encore et Nîmes en 859;

Valence en 860,

Arles en 869.

Marseille semble avoir été la plus touchée, et les textes précisent que la ville a réellement été dévastée, alors que dans les autres cités, seul le territoire est atteint. (…) Pendant toute cette période, aucune résistance sérieuse ne paraît avoir été organisée. (…).

Les Danois ravagent en 858 ou 859 le Roussillon et le Bas-Languedoc, puis s’attaquent à Nîmes, Arles et Valence. En 885, ils atteindront Paris avec une armée de 40 000 hommes, ils se retireront après avoir monnayé leur départ avec Charles le Gros. En fait, il faudra attendre 911 pour que le danger normand soit écarté, lorsque les pirates recevront une partie des territoires de l’ancienne Neustrie.

On peut placer ici le terminus du haut Moyen Âge et le début de la phase suivante qui va voir émerger entre la fin du IXe s. et la fin du Xe siècle l’image de marque du Moyen Âge : la féodalité.

Les cités

Au Ve siècle surtout, c’est l’évêque qui fait figure de représentant de la population face au gouvernement impérial, mais les sources qui nous sont parvenues, notamment les vies de saints, ont tendance à grandir le rôle des évêques et l’appréciation de l’étendue de leurs pouvoirs est faussée.

Les villes souvent assiégées, pillées, aux relations commerciales et aux échanges de plus en plus réduits, voient leur population diminuer, ainsi que leurs revenus.Le rôle défensif devient prioritaire (Arles). La vie spirituelle s’étiole.

 C’est un peu avant 869 qu’un château, le premier mais qui n’était que de terre, apparaît à l’entrée du Rhône sur un domaine de St Cézaire, et qu’une tour est dressée à Arles, tour improvisée certes puisqu’il s’agit d’une arcade du théâtre antique tant bien que mal transformée. L’auteur ajoute que c’est à partir de cette date de 869 que plus aucune ville n’est saccagée. A la même époque l’évêque de Marseille Beuve (Beuvon, Babon) laisse son nom aux fortifications de la colline Saint Laurent qui domine le port.

Ces premières forteresses privées, bâties dans l’urgence pour suppléer la carence  militaire des carolingiens, semblent avoir joué leur rôle puisque, après un dernier raid sur Arles en 869, plus aucun texte ne mentionne de ville pillée par les Sarrasins ou autres assaillants ; le temps des grandes escadres osant s’attaquer aux cités est sans doute passé. Jusqu’en 875, année de la mort de Louis II, on peut dire qu’une période de relative stabilité débute. Bien sûr, il y a des disettes en Languedoc et Provence, et quelques conflits qui opposent le pape à certains évêques désireux de remettre en cause la primauté de Rome, mais une pause est nécessaire pour relancer une économie vacillante dans des régions « dépeuplées par l’assaut des barbares » comme le disent les textes de l’époque, mais aussi, ajoutons-nous, « par les querelles des grands ». Ici aussi nous reprendront l’an prochain le débat.

L’habitat.

Les agglomérations de plaine

Fréjus

Les abords du baptistère et de l’église furent habités durant une partie du haut Moyen Age, mais il faut reconnaître que les témoins de cette occupation sont très ténus et ne permettent d’en cerner ni les formes, ni les rythmes. En revanche, les thermes de la Porte d’Orée, transformés en habitations au cours du Ve siècle, furent occupés jusqu’au Vie. Par la suite, vers la fin du siècle, le bâtiment, totalement en ruine, fut utilisé comme carrière de matériaux. Un habitat rural hors les murs est attesté au VIe siècle dans les ruines de la nécropole du Pauvadou L’ensemble du mobilier doit couvrir la seconde moitié du VIe siècle et le début du VIIe siècle.

Toulon

L’habitat semble se rétracter très fortement autour de la cathédrale. Le secteur des rues Charles Poney, Richard Andrieux, place Puget, place du Théâtre, fut totalement abandonné et transformé en cimetière à partir du dernier tiers du Ve siècle. Au début du VIe siècle, le quartier des Riaux, déserté, devint une carrière de pierres. Les abords de la cathédrale eux-mêmes sont mal connus : une plaque de chancel paléochrétien au couvent des Prêcheurs (n° 137, § 55*), une découverte analogue dans les niveaux tardifs de l’îlot des Riaux (n° 137, § 60*). A l’est du noyau urbain, dans le secteur de l’Ecole Lafayette, aujourd’hui Centre Mayol, un habitat certainement fruste pourrait avoir persisté dans les ruines du quartier. A Besagne, on décèle aussi des traces d’activités, peut-être liées au port, avec une monnaie de Phocas frappée à Carthage en 606/607.

Olbia

Les fouilles de l’îlot VI ont montré que le secteur de la porte fut occupé jusque vers le milieu du VIe siècle au moins. Dans l’îlot VI, on creusa une demi-douzaine de fosses à usage indéterminé, qui furent comblées dans la première moitié du VIe siècle par des scories de fer et un abondant mobilier céramique (n° 069, § 26*). Après cet ensemble bien daté, on n’a guère d’indices d’une survie d’Olbia au VIle siècle. Le trésor de 300 solidi enfoui au plus tôt sous le règne de Justin II est-il à mettre en relation avec les dévastations des Lombards et l’abandon définitif d’Olbia ?

Tauroentum

En l’absence de fouilles sérieuses, le cas de Tauroentum ne peut pas être tranché. Mais il faut remarquer que le site a livré quelques tessons de dtables du Ve s. et une monnaie de Justinien. Ce ne serait pas assez pour affirmer que l’agglomération était encore occupée au début du Vie siècle si l’on n’avait fait récemment l’hypothèse que le Pataum de l’Anonyme de Ravenne pouvait se développer en P(ortus) Tau(roentu)m (voir supra p. 87). Si Olbia continuait à être occupée encore au VIe siècle pourquoi Tauroentum ne l’aurait-il pas été ?

Saint-Maximin

C’est à Saint-Maximin que l’on décèle les traces les plus nettes d’un essor urbain à la fin du Ve siècle et au VIe siècle. Vers la fin du Ve siècle ou au début du Vie, on édifia d’abord une grande église, puis, dans la première moitié du VIe siècle, un baptistère imposant. Les dimensions et l’architecture de cet édifice le rapprochent des baptistères des villes épiscopales de Riez, Fréjus et Cimiez ; il faut donc attribuer à Saint-Maximin une certaine importance démogra­phique au cours du VIe siècle. Les opérations de sauvetage ont montré qu’ils étaient recouverts d’une couche d’occupation contenant de la céramique modelée « mérovingienne » de la seconde moitié du Vie (ou du VIle siècle).

Saint-Raphaël

La construction d’un édifice chrétien à chevet plat et d’une certaine ampleur est peut-être le signe de l’émergence d’une agglomération portuaire à l’embouchure du Pédégal (n° 118, § 29*).

En conclusion, à partir du VIIe siècle, faute de niveaux bien datés, la situation des villes échappe à l’observation. L’habi­tat semble se perpétuer dans les structures héritées de la période précédente à Fréjus, autour de la cathédrale, et probablement à Toulon, mais, à vrai dire, on ne se fonde que sur des vraisemblances (Aux Paluns / La Pinède, une plaque-boucle mérovingienne datable du VIIe siècle a été trouvée en prospection sur le site de l’éventuelle agglomération occupée jusqu’au Ve siècle au moins, mais ce témoignage est bien isolé : l’objet peut très bien provenir d’une tombe implantée dans les ruines, n° 027, § 4* et 035, n° 6*).

Les villages de hauteur

Nous avons vu plus haut qu’une vingtaine au moins d’habitats ont été implantés sur des sommets dans le courant du Ve siècle, ou même peut-être seule­ment dans le dernier quart du siècle, après l’invasion des Wisigoths. Presque tous semblent occupés vers la fin du Ve siècle et dans la première moitié du VIe siècle : Saint-Estève à Evenos, Le Garou à Sanary pour ne citer que ces deux.

On retire l’impression que l’importance de ces habitats est très variable. Alors que certains,  comme Saint-Estève, étaient de gros villages, les autres, tel le Mont-Garou, apparaissent peu étendus.

Quelques sites mieux connus sont susceptibles d’apporter des précisions.

A Piégu (Rougiers), réoccupé massivement au Ve siècle, on construisit à une date mal précisée un bâtiment interprété comme une résidence fortifiée comparable.

A Saint-Estève, une population relativement impor­tante vint s’établir à une date indéterminée dans le cours du Ve siècle. Les maisons couvrirent tous les secteurs jusqu’aux points les plus escarpés. L’accès à la partie sommitale du site fut barré par un puissant mur maçonné et un lieu de culte consacré à saint Estève fut construit à mi-hauteur, contre la barre rocheuse.

Deux cas particuliers doivent être évoqués, ceux de Bayonne à Bagnols-en-Forêt et de La Guérarde à Evenos : ils correspondent à deux habitats de tailleurs de pierre qui extrayaient des meules des bancs de rhyolite et de basalte.

Dans la seconde moitié du VIe et au VIle siècle, le nombre de ces villages de hauteur pourrait avoir diminué mais de nombreux sites, souvent très embroussaillés, ne sont guère connus que par des prospections (sauf le Piégu) et il est donc possible qu’une partie des témoins chronologiques nous échappent. On ne doit donc pas conclure trop vite à une diminution notable des villages de hauteur vers la fin du VIe siècle (comme l’indique le site de Saint-Candie occupé jusqu’au VIIIe s. (fouilles de J.-A. Ségura). Pour Saint-Estève, l’occupation a vraisembla­blement duré jusqu’au début du VIlle siècle au moins, puisqu’une pièce de monnaie frisone (sceatta) y a été trouvée. Le site n’a peut-être été abandonné qu’après la période carolingienne (aux Xle-XIIIe siècles, les lieux sont désertés).

L’habitat dispersé

La pluart des sites occupés au Ve siècle ont dû continuer à être habités dans la première moitié du VIe siècle comme le montrent les villae de cette période qui ont été fouillées récemment et dont l’occupation est continue tout au long du Ve siècle et jusqu’au début du VIe. Par exemple, la villa des Platanes à Saint-Tropez et celle de La Gorguette à Sanary. Un même phasage chronologique est observable sur la villa de Pardigon 2 à La Croix-Valmer. Nul doute que la villa de Pèbre à Vinon soit dans le même cas.

Les habitats dispersés qui livrent des éléments de la seconde moitié du VIe et du VIle siècle sont au nombre de 38, mais les formes d’occu­pation nous échappent en grande partie.

On peut imaginer que l’occupation de certaines villae a continué : ce pourrait être le cas de la grande villa des Baumelles à Saint-Cyr où ont été trouvées des monnaies attribuables aux IXe et Xe siècles.

Un autre cas, très mal connu, doit être évoqué : celui de la villa de La Foux à Cuers. Occupée durant tout l’Empire, elle a livré, dans des conditions inconnues, une aiguière « copte » datable du VIIe siècle.

Quoi qu’il en soit, une persistance de l’occupation des terroirs de plaine par des agriculteurs, probablement des servi et des coloni, a laissé des échos dans les textes. En 739, Abbo donna à l’abbaye de Novalaise des terres labourables, des vignes, des oliveraies, des esclaves et des colons qui se trouvaient à Cronia, dans le pagus de Toulon. Le lieu-dit n’est pas encore localisé, mais je le placerais volontiers dans la dépression permienne.

L’utilisation des grottes comme bergeries avait connu un regain au Ve siècle. Deux d’entre elles au moins sont encore occupées dans la seconde moitié du Vie siècle et/ou au Vile siècle : le Grand Abri de la Plage à Baudinard, la grotte de Saint-Martin 1 à Evenos.

L’économie

Agriculture

Au début du VIe siècle, l’économie agricole apparaît très perturbée. La Provence, épuisée (fatigata) selon le terme d’une instruction de Théodoric, roi des Ostrogoths d’Italie, n’était plus capable de nourrir une armée un peu impor­tante.

Les Variae de Cassiodore montrent que, malgré les encouragements donnés au commerce local, il fallut transporter de grandes quantités de blé pour nourrir l’armée, depuis la Sicile, la Campanie, l’Etrurie, l’Italia annonaria et toutes les autres provinces.

Nous n’avons aucun indice archéologique concernant la vie agricole de cette période. Les sources écrites montrent qu’il existait des olivettes encore importantes aux Arcs et vers Camps-la- Source en 558, à Flassans vers 510-520 ainsi que dans la région toulonnaise en 739 (voir ci-dessus). Mais nous sommes incapables de dire si, dans tel habitat rural encore occupé, par exemple Saint-Michel de Tourves, des pressoirs à huile ou à vin étaient encore en fonction. Il est probable que le changement du mode d’exploitation rend aléatoire toute approche archéologique de ces productions au cours de l’Antiquité tardive.

Elevage

Les seules données disponibles proviennent des fouilles menées par M. Bats dans l’îlot VI d’Olbia. Au Vie siècle, plusieurs fosses furent creusées dans un but inconnu, puis remblayées avec des déchets. Les âges d’abattage révèlent une alimentation d’une certaine qualité. Les habitants des maisons voisines de l’îlot VI consommaient peu d’animaux réformés des travaux agricoles, mais majoritairement des porcs et des bovins jeunes, élevés pour la boucherie. Bien entendu, un seul échantillon est insuffisant pour tirer quelque conclusion que ce soit sur les formes d’élevage.

Artisanat

Pour l’artisanat aussi, nous manquons de vestiges archéologiques. Les fosses d’Olbia montrent la persistance d’activités métallurgiques au VIe siècle (forgeron ?). On est à nouveau réduit à quelques mentions éparses dans les textes.

Le testament d’Abbon mentionne un tisseur de soie à Vvardacelis (peut-être Varages).

Le Polyptyque de Waldalde, bien que plus tardif (813-814 apr. J.-C.), indique que les tenanciers de la villa de Seillans devaient fournir à Saint-Victor des socs d’araires.

Au Moyen Age, plusieurs mines de fer dotées de forges à martinet sont connues à Collobrières (Pont de Fer et Bagna), au Muy (La Ferrière), à Rebouillon sur les bords de la Nartuby, à Barjols (Sous-Ville) et à Six-Fours. Il est possible qu’une partie de ces gisements aient été exploités durant l’Antiquité tardive, mais on manque de confirmation archéologique.

L’exploitation du sel n’est pas mieux attestée par l’archéologie qu’aux périodes antérieures, mais le testament d’Abbo mentionne des salines dans le Verdon. Par ailleurs, la colline du château d’Hyères était vraisemblablement occupée à cette époque, or des salines sont mentionnées à Aerae par une lettre du pape Léon III en 963.

Commerce

Jusqu’au milieu du VIe siècle parvenaient, au moins sur la côte, des importations encore abondantes d’origine africaine ainsi que des denrées trans­itées dans des amphores africaines et orientales (fosses de Toulon et d’Olbia par exemple).

Ce commerce est bien illustré par la cargaison trouvée dans l’épave d’un caboteur qui a coulé devant l’îlot de La Palud à Port-Cros, vers le milieu du VIe siècle, avec 90 % d’amphores africaines et un petit complément de fret formé d’amphores vinaires orientales d’Antioche, la Mer Egée, de Palestine et de Gaza. L. Long et G. Volpe ont émis l’hypothèse que les amphores africaines ne portant pas traces de poix servaient à un transport d’huile.

Grégoire de Tours rapporte d’ailleurs qu’en 574 se produisit sur le port de Marseille un important vol d’huile importée, probablement d’Afrique. Ce vol servit de prétexte à des luttes politiques entre le gouverneur Albinus et l’archidiacre Vigilius.

Après le milieu du VIe siècle, les importations se firent rares.

Economie et société.

Le témoignage le plus éclatant de la prospérité des grands propriétaires ruraux est certainement celui de la villa de Pèbre à Vinon, dont l’opulent possesseur savait faire des envieux.

Le polyptique de Waldalde (813-814) qui décrit les domaines de l’église de Marseille jette quelques éclairages sur la vie rurale de ce temps. Ce vaste ensemble de treize villae comprend de nombreuses colonicae (du nom du colon qui les exploite) dépourvues d’exploitants. C’est là le reflet d’une profonde crise démographique, peut-être déjà en passe d’être surmontée.

Les domaines de Saint-Victor avaient l’imunité franque, traditionnellement conférée par un diplôme de Charlemagne daté de mars 790. Ce document est le seul qui nous ait été conservé pour toute la Provence. Comme dans tous les diplômes de ce genre, interdiction y est faite aux juges publics d’entrer sur les terres du monastère pour y rendre la justice, y percevoir des amendes, y exécuter des sentences, y prendre des pièges, ou y exercer l’albergue. Les profits, principalement les amendes, iront à ceux qui dirigent le monastère. Si nous ne sommes pas sûrs qu’il y ait exercice des droits publics par les « recteurs » du monastère – à cette époque probablement les évêques de Marseille -, du moins voyons-nous qu’ils en ont le profit. La confirmation du diplôme de son aïeul par Lothaire en 834 ou 841 précise que l’immunité s’applique à tous « les hommes du monastère qu’ils soient serfs ou libres »….

Le système des grands domaines alleutiers au IXème siècle : la clef de  voûte de l’édifice social n’a guère varié ; le système économique s’appuie toujours sur la grande propriété foncière détenue par des familles alleutières dont l’origine remonte la plupart du temps à l’Antiquité tardive, et dont l’une des caractéristiques principales est de posséder un grand nombre de domaines répartis dans tout le Midi. Par le témoignage de Mayeul, alors abbé de Cluny, qui fit dresser l’inventaire des biens dont il avait été dépouillé par le duc d’Arles, Hugues, entre 912 et 916, nous savons quelle était l’étendue des terres possédées à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle par sa famille, les Fouquier de Valensole. Qu’on en juge : sept villae à Apt, Aix et Sisteron, quatre à Riez, onze à Fréjus, et sept manses à Castellane, soit, et rien que pour l’actuel département du Var, l’intégralité du terroir des communes de Régusse, Fabrègues, Valmoisson, Montauroux, Fayence, Draguignan, les Arcs, et la moitié de ceux de Roquebrune et Bagnols-en-Forêt.

LA RELIGION ou les religions

Au Ve siècle. Affirmation de l’Eglise provençale.

DIAPO 37 Au VIe siècle. « Christiana tempora ».

Le réseau des évêchés épouse celui de l’administration civile avec la création de nouveaux évêchés à Digne (506), Sisteron et Gap (517), Glandevès (541) malgré la disparition de ceux de Thorame et de Castellane. Avec cette dernière série, on peut dire que la christianisation des cités est achevée.

La période est dominée à la fois par la prééminence de l’évêque d’Arles et par l’affirmation de la mission d’évangélisation qui atteignit sans doute la totalité des campagnes et coïncida d’ailleurs avec le long épiscopat de Césaire, qui put affirmer son autorité grâce à son charisme personnel, à l’appui du pape et au soutien des autorités séculières.

Ainsi, le pape Symmaque avait-il accordé à Césaire l’usage du pallium, c’est-à-dire le droit de convoquer des conciles et de surveiller les diocèses de Gaule. Le patrice Liberius siégeait à ses côtés dans ces réunions et apportait la caution du pouvoir séculier, par exemple à Orange. Césaire ne put se rendre au concile de Valence en 529, mais il imposa son autorité en déléguant Cyprianus, évêque de Toulon.

Florianus fut le dernier évêque d’Arles à recevoir le pallium. Au VIIe siècle, en effet, l’évêché d’Arles ne parvint pas à maintenir sa prééminence et l’appui de la papauté lui fit défaut.

Quelques prêtres de Toulon ont laissé leur empreinte dans les sources : Cyprianus est bien connu pour avoir participé à la rédaction de la Vie de saint Césaire. Taurinus, diacre de l’Eglise de Toulon, accompagna Félix, évêque d’Arles, au concile de Rome de 680 qui condamna le monothélisme.

Au cours du VIe siècle, les conciles ont dû constater et réprimer des fautes et des abus de plus en plus graves, signes de la détérioration des mœurs ecclésiastiques : mesures contre la simonie en 541 et 549, lutte contre les abus des potentes, interdiction de donner un rival à l’évêque et de le remplacer de son vivant (549), interdiction aux clercs de porter des armes, au pouvoir séculier de jeter les clercs en prison, aux religieuses de corrompre les grands pour vivre à leur guise (581), interdiction de soustraire les oratoires privés à la juridiction épiscopale et de nommer deux évêques ou deux abbés dans le même évêché ou monastère (650). Mais l’accumulation des réglementations ecclésias­tiques n’est que le reflet de l’impuissance à les faire appliquer et de la détérioration des mœurs. Les évêchés s’achetaient ou les clercs les conquéraient militairement. Les biens de l’église étaient accaparés ou pillés. A Marseille, où l’évêque Theodorus fut mis en prison à plusieurs reprises, les clercs n’hésitèrent pas à piller l’évêché. Serenus, successeur de Theodorus, recevait chez lui des gens douteux. Deux frères, Sagittarius et Salonius, imposés par Gontran comme évêques de Gap et d’Embrun, se rendaient coupables de vols, meurtres et adultères ; ils combattirent les Lombards avec Mummolus et ne furent destitués qu’en 579 apr. J.-C.

A partir de la fin du VIe siècle, la situation devint telle que, dans plusieurs évêchés, les clercs préférèrent se passer d’évêque de façon à agir à leur guise et les puissants s’accommodaient volontiers de vacances prolongées de l’épiscopat pour acca­parer les revenus des églises. Au VIIe siècle, la formation intellectuelle et morale des clercs se dégrada encore avec les nominations aux postes importants des fidèles des puissants.

Si l’on ajoute à tout cela la querelle des images entre Rome et Byzance qui affaiblit le monde chrétien est au VIIIe s. et se draduisit par l’apparition du pouvoir temporel du pape et l’expulsion du duc grec de Rome, on comprend que la documentation soit d’une désespérante pauvreté pour beaucoup de villes de Provence en ce haut Moyen Age. L’histoire de Toulon se réduit pratiquement à celle, très fragmentaire, de ses évêques; et encore, c’est beaucoup dire.]

Ce fait peut s’expliquer par une activité économique réduite, puisque les textes génois et marseillais antérieurs à cette époque paraissent ignorer la ville…En 1218, le pape Honorius charge… le prieur de la Chartreuse de Montrieux de coopérer à la reconstitution des titres de l’évêché de Toulon . »

Ce fut un daNger mortel pour la religion chrétienne car de 632 à 750, il suffit d’un peu plus d’un siècle pour qu’une nouvelle religion, l’Islam, surgie de la péninsule arabique, s’établisse du Maroc à l’Indus, des Pyrénées au Yémen. Comme l’écrivit Ibn Khaldûn «Le progrès de cette religion mit les Arabes en état de vaincre les autres nations».

En deux ans (640-642) l’Égypte devient musulmane sous l’impulsion d’Amr ibn al-Âs, son nouveau gouverneur. Ayant mesuré les richesses encore à conquérir, ibn al-As envisage un projet plus ambitieux qui, retardé par les affrontements internes à l’Islam, ne se met en place qu’après plusieurs années.

Du VIIIème siècle à 860, ce fut l’époque des grandes chevauchées musulmanes en Occident qui conquirent ainsi l‘Espagne wisigothique (711) et fondèrent l’émirat omeyyade de Cordoue.

Entre 714 et 720, Abd al Aziz, fils de Moussa, entrait dans Narbonne.

Comme cela a été dit plus haut, sous le règne de Charlemagne, avec la création de métropolitains à Aix et à Embrun, la Provence eut trois provinces ecclésiastiques.

A la fin du IXe siècle, le pouvoir temporel et le prestige des archevêques d’Arles dominent toujours l’Église provençale, prenant partie politiquement pour les bosonides, contre les carolingiens dans la succession de la couronne impériale. Ainsi au printemps 878, Boson et l’évêque d’Arles Rostang accueillent à Arles le pape Jean VIII qui fuit l’Italie.

Peu de temps après, en octobre 879, à Mantaille (près de Valence, dans la Drôme), Boson se fait sacrer Roi de Provence avec l’appui de l’évêque d’Arles.

Quelques années plus tard en 890, le même prélat participe activement à la réunion de Valence qui organise un royaume de Provence autour du roi Louis III, le fils de Boson.

Toujours est-il qu’au début du IXème siècle, les meilleures terres de l’Eglise de Marseille, celles qui sont implantées en Provence occidentale, sont les moins prospères de toutes, de nombreuses tenures paysannes y étant désertées par leur population.

Eglises et baptistères

Le succès de la mission chrétienne se manifeste, au début du VIe siècle, par la création de paroisses rurales. Les canons des conciles autorisèrent l’utilisation des chapelles privées des potentes pour la messe dominicale, sous réserve que les fidèles se rendent à la cité ou à la paroisse pour les grandes fêtes religieuses (506), puis une majorité de ces établissements furent transformés en paroisses à condition que les desservants soient soumis à l’autorité de l’archidiacre et non du propriétaire (541). Parallèlement, les pouvoirs de baptiser furent accordés aux prêtres des paroisses rurales à condition qu’ils utilisent le chrême fourni par l’évêque de la cité (441 et 442). Les desservants ruraux furent autorisés à prêcher les homélies des Pères de l’Eglise en 529.

Du point de vue de l’archéologie, la pénétration du christianisme dans les campagnes se manifeste par la construction d’églises et de baptistères. Les cas les mieux connus sont désormais ceux de Saint-Hermentaire à Draguignan, de Saint-Maximin et, pour une période un peu plus tardive, de la chapelle des Saints-Côme-et-Damien à La Cadière.

A Saint-Hermentaire, au cours du VIe siècle, une église et un baptistère furent construits sur le site d’une villa du Haut-Empire comme les ensembles comparables de Notre-Dame du Brusc à Grasse et de Saint-Maxime à Turin.

A Saint-Maximin, Jean Guyon émet l’hypothèse qu’il s’agissait d’une basilique à transept dont le plan était analogue à celui d’autres basiliques plus vastes, le Clos de la Lombarde à Narbonne et Saint-Laurent de Choulans à Lyon. Dans la première moitié du VIe siècle, un baptistère fut adjoint à l’église.

Dans le village des Gorges d’Ollioules, la petite église Saint-Estève, nichée au pied de la falaise, porte le nom du premier martyr dont les ossements furent découverts, en 415, ce qui entraîna une vogue de dédicaces d’églises durant tout le Ve siècle au moins. La chapelle n’est pas le seul témoin paléochrétien : à 500 m au nord du village, une grosse pierre gisant devant l’entrée d’une grotte porte cinq gravures de croix qui pourraient remonter à la même période. D’autres chapelles dédiées à saint Etienne / saint Estève ont probablement des origines paléochrétiennes : à Carcès, à Rians, à Tourves. Nous avons vu plus haut que l’église Saint-Pierre de Saint-Raphaël, un édifice à chevet plat large de 6 m, est probablement datable de la même période, peut- être de la fin du Ve siècle. On peut citer les plaques de chancel de Saint-Jean-de-Valmoissine à Aups, de Saint-Jean-de-Dodon et Saint-Etienne-du- Clocher à Carcès, de Saint-Julien-le-Montagné et de Toulon. A Seillans, la chapelle Saint-Julien-d’Oules était certainement en fonction au VIe siècle. D’autres éléments épars tels que l’autel de Jupiter de Saint-Zacharie, transformé en autel chrétien, ou les tables d’autels de la chapelle Saint-Andéol à Pourrières et peut-être du Val sont probablement à dater du VIe siècle.

Une période un peu plus tardive est illustrée à La Cadière par la chapelle des Saints-Côme-et-Damien, où R. Broecker a effectué des travaux récents. L’édifice, élevé à l’emplacement d’une villa occupée jusqu’au VIe siècle, était flanqué par un portique à fonction funéraire dans lequel étaient creusées deux tombes monumentales datables de la fin du VIIe siècle ou du début du VIlIe s. permettant de proposer une datation de la construction vers la fin du VIe siècle ou dans le courant du VIIe. De la chapelle San-Sumian (Siméon) à Brignoles provient un autel décoré en bas-relief d’un personnage debout, nimbé et joignant les mains, peut-être datable de la fin du VIe ou du VIle siècle.

 LES SEPULTURES

Les rites funéraires.

Comme à l’âge du Fer et sous l’Empire romain, la hiérarchie sociale se manifestait au cours du haut Moyen Age dans les pratiques funéraires : les potentes reposaient dans des sarcophages de pierre abrités dans des mausolées ou des lieux de culte, les humiliores étaient enterrés dans des cercueils de bois, en pleine terre, sous des tuiles ou des lauzes.

Des pratiques nouvelles se répandirent au VIe siècle : les inhumations à l’intérieur des villes et dans les lieux de culte chrétien, au plus près des corps des saints. L’orientation des corps était toujours est-ouest. Sauf exception, on ne trouve plus d’offrandes et l’on ne connaît aucune tombe comportant des armes (A Toulon, toutefois, la tombe 20 de la place Puget conte­nait un couteau en fer, mais était-ce une arme ?).

Mausolées et lieux de culte funéraire

A La Gayole (La Celle), Un premier édifice, construit à la fin du Ve siècle, abritait quatre sarcophages de pierre et des tombes sous tuiles. Au VIe siècle, on lui ajouta une exèdre et d’autres monuments plus petits furent bâtis à proximité. L’ensemble cémetérial continua d’être utilisé après les années 550, car une tombe a livré une plaque-boucle de la seconde moitié du VIe siècle, mais on aurait cessé d’inhumer au VIIe siècle dans la zone  fouillée.

A Saint-Mandrier, un autre mausolée, probablement datable du VIe ou du VIIe siècle, a livré un sarcopha­ge trapézoïdal à encoche céphaliforme.

Mais de nombreux enterrements se faisaient aussi à l’intérieur ou auprès des églises consacrées au culte : à Saint- Côme-et-Saint-Damien et à Saint-Pierre de Saint- Raphaël par exemple.

Les épitaphes deviennent rarissimes au VIe siècle.

Les types de tombes.

Outre les sarcophages décorés réemployés et les cuves lisses attestées à La Gayole, à Saint-Mandrier, à Saint-Pierre de Roquebrune (n° 107, § 51*), les tombes se répartissent en cinq catégories : les tombes bâties, sous tuiles, sous lauzes, en amphore et en pleine terre (Des tombes rupestres sont signalées à Saint-Pierre de Roquebrune, mais leur datation n’est pas assurée). Pour mémoire, rappelons les tombes rupestres vues à Saint-Romans (Beaucaire), ainsi que celles de Saint-Blaise (Saint-Mitre les Remparts).

Si les tombes bâties de cette époque sont très rares, celles sous tuiles en bâtière sont en revanche courantes

On trouve encore des tombes en amphores africaines à la fin du Ve siècle et au début du siècle suivant à Toulon.

Au VIe siècle se diffusa la pratique d’ensevelir défunts dans des tombes sous lauzes de pierre.

Les inhumations en pleine terre ou dans cercueils de bois sont fréquentes, mais, en l’absence de mobilier funéraire, leur datation reste incertaine. Celles de Saint-Roch, à Pignans, paraissent former un ensemble homogène qui pourrait dater de la fin du Ve siècle ou du début du VIe siècle.

DIAPO 47 Au total, à partir du milieu du VIIe siècle, la documentation concernant aussi bien les habitats que les lieux de cultes et les sépultures s’amenuise très fortement. Archéologiquement, on a des preuves  d’occupation seulement pour le village de Saint-Estève dans les Gorges d’Ollioules et pour la chapelle des Saints-Côme-et-Damien à La Cadière. Cette situation reflète certainement une déprise démographique considérable, mais elle est aggravée par notre méconnaissance du mobilier archéologique de cette période.

L’ETAT SANITAIRE DE LA POPULATION

Toutefois, nous savons que, venue d’orient, la peste sévit, pendant un demi-siècle à partir de 543, en Italie, en Espagne et dans une partie de la Gaule. Les historiens inclinent à mettre en partie au compte de cette première épidémie la régression démographique qui fit de l’Europe du haut Moyen Âge un pays très faiblement peuplé. Mais la maladie s’est alors développée dans un monde très barbare, et l’extrême rareté de la documentation empêche d1en mesurer l’ampleur et les effets.


[1] La Lombardie en fait. Il est également comte de Bourges (Bautier, 1973, p. 41-68).

[2] Poly 1976.

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