CAHIERS DU PATRIMOINE OUEST VAROIS

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Numéros épuisés en édition spéciale pour mes abonnés.

N°10

Sous la direction d’Henri RIBOT.

Pascal Alliot, Yves Avandetto, Christian Bercovici, Charlotte Bartholomé, Noëlle Béraud, Jean-Pierre Brachet, Jean-Pierre Brun, Michaël Brunot, France Castes, Odette Daïni, Raoul Décugis, Gérard Delattre, Frédéric Dumas, Renée Flesia-Bianchini, Christiane Gibert-Roethlisberger, Dominique Glade, Jacques Glade, Marie Glade, Fosca Gori, Jean-Pierre Guindon, Robert Hervé, Charly Hourcau, Gérard Julien, Les Chemins du Patrimoine à Ollioules, Les Naturalistes en herbes (FJEP Pierre Singal), Gérard Loridon, Marie-France Marchiori, Didier Martina-Fieschi, Magali-Laure Nieradka, Albert Place,  Aline Plaisant, Laurent Porte, David Rebaud, Anna Revest, Henri Ribot, Catherine Ribot-Wérotte, Barthélemy Rotger, Elise Rotger, Anne-Marie Sabatini, Pierre Saliceti.

Editions du Foyer Pierre Singal

Médiathèque AGORA, rue Shuman, 83110 Sanary-sur-Mer

et

Centre Archéologique du Var

14, boulevard Bazeilles, 83000 Toulon

Prologue

Voici vingt-trois ans que ce livre, le 10ème cahier de l’Ouest varois, est en gestation. Depuis la publication de « Sanary, 1000 ans d’histoire », très exactement, dont la publication avait permis de créer dans l’ouest toulonnais un pôle regroupant des personnalités qui, loin d’être des « touche-à-tout », avaient déjà ou publié des travaux ou lancé des recherches concernant cette micro-région. La petite équipe, réunie dans les locaux du Foyer Pierre Singal, puis, plus étoffée, dans ceux du Centre Archéologique du Var, se donna pour objectifs de regrouper les chercheurs dispersés dans l’Ouest varois, espace aux contours flous allant du la Sainte-Baume à la mer. Le noyau de départ, composé essentiellement des chercheurs fouillant la Courtine et le château médiéval d’Ollioules, Tauroeis/Le Brusc, la Pinède du Castellet, Saint-Côme de la Cadière et Planiers d’Evenos, donna une teinte à forte dominante archéologique au projet initial. Très vite, cependant, l’intégration d’autres chercheurs en provenance d’autres horizons, permit d’élargir le champ d’action en intégrant la géologie, la botanique, l’étude des archives, l’ethnographie, la préindustrie, l’architecture vernaculaire et religieuse, etc.

            Défini pour dix ans – douze en réalité – le projet concerna en définitive les treize communes comprises dans le triangle Signes-Saint Cyr-Saint-Mandrier. Baptisé « Programme de recherches de l’Ouest varois » [1], il fut porté sur les fonts baptismaux par ses parrains Christian Goudineau, professeur au Collège de France, et Jean Courtin, Directeur des Antiquités Préhistoriques de Provence. En conclusion de stravaux des synthèses devaient être livrées, sous forme d’articles dans des revues spécialisées, et sous forme d’une publication spécifique dont le nom avait été adopté en 1982 ; les « Les Cahiers du Patrimoine ouest-varois ». Edités par le Foyer Pierre Singal depuis 1997, ces Cahiers ont livré au public les synthèses des travaux réalisés sur La Courtine d’Ollioules (n°1), la villa romaine de Portissol à Sanary (N°3) et les monuments religieux (n°5 et 6). Ils ont, d’une manière plus large, porté leur regard sur des ensembles communaux tels que Le Castellet (n°2), Saint-Cyr-sur-Mer (n°4) et Sanary-sur-Mer (n°10). Deux livres onté été édités à la demande des Amis du Beausset-Vieux  (n°8 et 9).

Le dernier numéro, « Regards sur un terroir : Sanary-sur-Mer » ferme donc, vingt-deux ans plus tard, une boucle ouverte avec « Sanary, 1000 ans d’histoire ». Il ne déroge pas à la méthode employée dans les précédents « Regards » : documentation abondante, références, clarté des propos, synthèse des recherches les plus récentes, rigueur scientifique. Comme nous l’avons fait depuis le n° 4, nous ouvrons l’équipe en lui intégrant des personnalités et des associations locales ou nouvellement venues. L’implication municipale a été l’un des éléments de cette dynamique tant au niveau de l’aide que de la réalisation. Enfin, sans le support logistique du Foyer Pierre Singal  ce numéro – tout comme les précédents par ailleurs – n’aurait pu voir le jour. Au long de ses pages, nous abordons le terroir sanaryen avec le regard des sciences de la nature : géographie avec une carte simplifiée de la commune, géologie et botanique. Puis avec le regard des sciences humaines : époques préhistorique, époque romaine, médiévale, moderne et contemporaine.

Il nous faut remercier ceux et celles qui, en dehors de l’équipe de rédaction habituelle, ont accepté la lourde tâche de commettre un article sur un thème de leur choix ou d’effectuer à notre demande des recherches spécifiques. Nous pensons particulièrement aux généalogistes sanaryennes Charlotte Bartholomé Noëlle Béraud Odette Daïni, et Renée Flesia-Bianchini, à Raoul Décugis et Yves Avandetto, de l’Association des Chemins du Patrimoine d’Ollioules, à Charly Hourcau et le Jason Archéo Sub ; mais aussi à Magali-Laure Nieradka et Jean-Pierre Guindon, à Olivier Marchetti et Gérard Loridon. Parmi nos illustrateurs, n’oublions pas de mentionner tout particulièrement les contributions des Naturalistes en herbe du Foyer Pierre Singal – France Castes, Marie-France Marchiori, Aline Plaisant, Catherine Ribot-Wérotte, Anne-Marie Sabatini -, de David Rébaud aux superbes aquarelles de portes et de monuments religieux, et de Bodil Hagbrink qui a su raviver le souvenir de l’école de Sainte-Trinide.

Un grand merci également à Max Audiffren, à Christiane Gibert-Roethlisberger, à Marie Glade et à son fils Dominique Glade (souvenirs de Jacques Glade, à Fosca Gori, à Anna Revest, et à Elise Rotger, qui ont bien voulu nous accorder plusieurs heures, et nous raconter leurs souvenirs de jeunesse.

Notre gratitude va également à Michaël Brunot, qui a succédé à Didier Martina-Fieschi au service du Patrimoine de Sanary (recherche d’archives et documents familiaux), et à ceux qui, sous les municipalités Brunel et Bernhard, nous ont épaulés : MM. Jean-Pierre Chazal et Pierre-Marc Chancogne.

(Insérer ici)

fig. 1. A nos amis disparus : Didi, Françoise, Laurent, Gérard et Barthé

Et puis…………., il y a nos cinq disparus qui faisaient partie de la première équipe de l’Ouest varois, mais qui ont quitté le train en cours de route et dont la place reste vide à jamais. Aucun d’eux n’était Sanaryen. Le plus proche du pays était Laurent Porte, d’Ollioules, mais né à Toulon, les autres  arrivaient du Tarn (Frédéric Dumas), d’Algérie (Françoise Brien), du Loiret (Gérard Delattre) et de l’Hérault (Barthélemy Rotger). Leur origine et leur métier ne les prédisposaient pas pourtant en 1982 à se retrouver au sein d’une entreprise commune : Frédéric Dumas était retraité du personnel civil de l’arsenal et auteur de nombreux ouvrages dont aucun n’avait trait à Sanary ; Françoise Brien, doctorante, s’apprêtait à étudier le site de Tauroeis-Le Brusc ; Laurent Porte, ancien médecin général des Armées, prenait sa retraite de cardiologue ; Gérard Delattre, ancien marin de la Royale et de la Marchande, travaillait comme technicien informatique au Laboratoire de l’Arsenal, au Brusc; Barthélemy Rotger, ancien militaire, était depuis cinq ans retraité des Chantiers de La Seyne.

            Ce qui les a réunis, ce fut l’amour de cette région – souvent d’adoption – et l’envie de partager les connaissances qu’ils en avaient :

            Frédéric Dumas apportait sa pratique de la plongée sous-marine et de l’archéologie[2], ainsi que sa connaissance de le calanque de Portissol où il avait découvert des fours de potier avant guerre, et acquis, en 1966, la certitude qu’une villa romaine s’y trouvait. Il suivit tous nos travaux de 1983 jusqu’à sa mort en 1991[3].

            Françoise Brien, qui avait déjà participé en archéologie terrestre aux fouilles du Clos de la Tour à Fréjus, partagea des responsabilités, dans le cadre du programme de l’Ouest varois, au sein de chantiers tels que la Courtine, le Château d’Ollioules et Portissol. Elle étudia le matériel que M. Marius Augier avait découvert à la Gorguette avant la guerre. Puis elle dégagea avec le Centre Archéologique du Var le port romain de Toulon avant de diparaître en 1996. Elle avait soutenu à l’Université de Provence, une thèse de troisième cycle sur le site de Tauroeis.

            Laurent Porte, était l’homme au franc parler ; sa formation de pharmacien lui fut d’un grand secours tout au long de sa vie professionnelle qui le conduisit de l’Indochine, où il fut prisonnier des Japonnais en 1945, jusqu’en Centre Afrique, après être passé par Madagascar. Partout il créa, ou fit fonctionner, des hôpitaux. Il fut le premier à tester les effets de l’acide acétasalycilique (aspirine) sur les maladies cardio-vasculaires. Il sut employer ses connaissance en les appliquant à sa recherche concernant l’emploi de l’huile de cade à des fins médicales. Parti à la recherche des fours à cade et à poix de l’Ouest varois, il en avait découvert près de 230 en 2001, contre quatre connus en 1982, dont un à  Sainte-Trinide. Son livre sur « Fours à cade, fours à poix dans la Provence littorale », réédité deux fois, fait encore autorité. Il nous a quittés en 2002.

            Gérard Delattre se lança à corps perdu dans toute une série d’enquêtes tout azimut : cartes informatisées de l’Ouest varois, articles sur les villages fortifiés, les monuments religieux, les bastides, les manoirs à tourelle, les fortifications, les chemins, les bergeries et leurs vanades, les cochonniers, les fours à chaux, les limites territoriales, rien ne le rebutait. Infatigablement, il arpentait le terrain en compagnie de Pierre Saliceti, de Gérard Julien et de Robert Hervé. Il a participé à la plupart de nos Cahiers en y rédigeant de nombreux chapitres. Une grande partie du Cahier sur Sanary s’inspire de ses travaux. Nous avons publié en 2002, année de sa mort, son œuvre posthume : Les monuments religieux de l’Ouest varois qu’il avait co-écrit avec Pierre Saliceti.

            Barthélemy Rotger s’attacha à sauver et à classer les archives de Sanary et d’Ollioules. Lorsque nous avons fait sa connaissance, il avait déjà beaucoup avancé dans ce travail fastidieux dans lequel il excellait. Doté, comme Gérard Delattre, d’un solide bon sens, il oeuvra suivant des pistes très diverses : botanique – il était un orchidophile averti –, aménagement de la Tour de Saint-Nazaire (qu’il appelait Tour romane), cession à la Mairie de la Maison Flotte, création du Musée Frédéric Dumas, lancement de l’Association des racines sanaryennes et de la Fête du nom. Il est l’auteur de  deux livres : De Saint-Nazaire à Sanary, en 1984, et La tour Romane en 1996. Une grande partie de ce cahier sur Sanary s’inspire de ses travaux. Il décéda en 2003.

               A l’orée de 2005, la relève est déjà assurée. Deux de nos jeunes archéologues ont rédigé l’une des notices de ce cahier, il s’agit de José Roca et de Pascal Alliot. D’autres vont suivre nous l’espérons, au vu de l’expérience pédagogique tentée avec succès cet automne 2004 au collège de la Guicharde, à Sanary-sur-mer, sur le thème de l’initiation à la fouille archéologique. Les élèves de la classe de 5e1 sous la direction de Philippe Massif et de Didier Martina-Fieschi, professeurs d’histoire et de géographie, ont fouillé des couches et interprété des structures d’époque médiévale, romaine et préhistorique, déposées à l’intérieur d’un espace de fouilles.

            Les objectifs d’une telle activité étaient multiples. Il s’agissait tout d’abord de familiariser les élèves avec l’archéologie, science humaine requérant des techniques précises. Il importait ensuite de présenter, la succession stratigraphique des couches les unes par rapport aux autres et pointer ainsi le continuum historique des époques anciennes. Le matériel archéologique, céramiques et métaux, et les structures, habitat, foyers et chapelle, découverts ont en outre, été étudiés afin de donner une assise concrète aux études des programmes d’histoire de 6e et de 5e. Des relations entre cette fouille artificielle ainsi réalisée à l’intérieur du collège et de véritables sites archéologiques ont enfin été faites, afin de sensibiliser les élèves au patrimoine de notre région et leur permettre une approche plus didactique de leur environnement de vie aux époques préhistorique, romaine et médiévale.

               A tous, passés, présents et à venir : MERCI !


[1] Appellation amicalement contestée par Gérard Delattre qui lui préféra toujours Ouest-toulonnais (cf. Cahier n° 5/6) et que Laurent Porte dénomma Sud-Ouest varois (cf. sa publication sur les fours à cade et à poix).

[2] Il fut l’un des découvreurs de peintures rupestres dans les gorges d’Ollioules où une grotte porte son nom.

[3] Voir le n° 3 des Cahiers.

Géologie du territoire sanaryen

Aper­çu gé­né­ral (Fig.  4)

             Le ter­ri­toi­re de Sa­na­ry s’in­scrit dans trois uni­tés gé­o­lo­gi­ques dis­tinc­tes  qui sont du Sud au Nord : l’ex­tré­mi­té tout à fait oc­ci­den­ta­le de la « dé­pres­sion per­mien­ne », en li­mi­te sud de  com­mu­ne ; le « bas­sin de Ban­dol » qui cou­vre en­vi­ron 75 % de la sur­fa­ce com­mu­na­le ; le « mas­sif du Gros-Cer­veau », qui en oc­cu­pe en­vi­ron 25 %, au Nord

(Insérer ici en travers, sur toute la page)

Fig.  4, Carte géologique simplifiée de la région de Sanary

La dé­pres­sion per­mien­ne.

            El­le cons­ti­tue un vas­te en­sem­ble de sé­di­ments pa­léo­zoï­ques dé­po­sés en­tre 280 et 230 MA* au pied des mas­sifs des Mau­res, du Pra­det et de Si­cié. Il s’agit es­sen­tiel­le­ment de grès et d’ar­gi­li­tes, de cou­leur ro­se à « lie-de-vin » ca­rac­té­ris­ti­que, is­sus du dé­man­tè­le­ment  du « so­cle mé­ta­mor­phi­que her­cy­nien ». On y as­so­cie les pre­miè­res as­si­ses gré­seu­ses et conglo­mé­ra­ti­ques du Tri­as in­fé­rieur.

            A Sa­na­ry ces for­ma­tions « per­mo-tri­a­si­ques « sont vi­si­bles à la Poin­te du Bau Rou­ge et dans la pe­ti­te but­te de « l’Hô­tel du Parc ». El­les ont été re­con­nues lors de tra­vaux d’ex­ca­va­tion  ave­nue Clemenceau et rue Pas­teur.

            Plus au Sud, sur la com­mu­ne de Six-Fours, el­les for­ment le sou­bas­se­ment des Lô­nes et de Bon­ne­grâ­ce et ré­ap­pa­rais­sent à l’Ouest de Pé­pio­le, ac­com­pa­gnées de Car­bo­ni­fè­re.

Le bas­sin de Ban­dol.

            Il est cons­ti­tué par un pe­tit syn­cli­nal, d’axe sen­si­ble­ment Est-Ouest, de 12 km de long -en­tre la Poin­te Gre­nier et les quar­tiers ouest de Tou­lon- par 5 km de lar­ge -en­tre les re­liefs du Gros-Cer­veau-Crou­pa­tier et la dé­pres­sion per­mien­ne-. A l’Ouest il s’ou­vre à la mer par la baie de Ban­dol.           Les dé­pôts, cons­ti­tués de sé­di­ments ma­rins, s’éche­lon­nent du Tri­as moyen au Ju­ras­si­que su­pé­rieur, soit en­tre 220 et 140 MA[1].

            De struc­ture dis­sy­mé­tri­que, il mon­tre :

– un flanc sud ré­duit au Tri­as et au Ju­ras­si­que in­fé­rieur, avec un fort re­dres­se­ment des cou­ches vi­si­bles sur le lit­to­ral de la Cri­de et de Portis­sol- le Bau-Rou­ge (Fig. 5)

– un flanc nord dont la sé­rie s’étage du Tri­as au Ju­ras­si­que su­pé­rieur et qui pré­sen­te des dé­dou­ble­ments de cou­ches avec dé­col­le­ment gé­né­ral vers le Nord.

            Le dé­col­le­ment est at­tes­té, hors li­mi­tes de la com­mu­ne, par les « lam­beaux de re­cou­vre­ment » des mas­sifs du Beaus­set-Vieux et de Pi­bar­non-Fon­ta­nieu.

            Le cen­tre du bas­sin est dé­ga­gé dans les sé­di­ments mar­no-cal­cai­res du Ju­ras­si­que moyen – quar­tiers la Milliè­re, Mor­tier, la Ver­net­te, la Plai­ne du Roy, le Lo­gis Déprats – dont la mor­pho­lo­gie en « cu­vet­te » s’abais­se d’Est en Ouest de­puis Ol­liou­les, jus­qu’à la baie de Ban­dol. Le cœur de la cu­vet­te est oc­cu­pé par les sé­di­ments d’âge oli­go­cè­ne (37 à 32 MA) re­pré­sen­tés par les ar­gi­les et pou­din­gues bien vi­si­bles à la fa­veur du CD 559, le long de la Pla­ge Do­rée.

Le mas­sif du Gros-Cer­veau.

            Il for­me un re­lief vi­gou­reux, al­lon­gé d’Est en Ouest, en­tre les val­lées de la Rep­pe et du Grand Val­lat. Il re­pré­sen­te le re­bord tout à fait mé­ri­dio­nal du « bas­sin du Beaus­set » re­dres­sé à la ver­ti­ca­le, et lo­ca­le­ment écaillé, lors du dé­col­le­ment vers le Nord des as­si­ses tri­a­si­ques et lia­si­ques du bas­sin de Ban­dol.     Il est cons­ti­tué es­sen­tiel­le­ment par une puis­san­te sé­rie cal­ca­ro-do­lo­mi­ti­que qui s’étage du Ba­tho­nien (Ju­ras­si­que su­pé­rieur, -140 MA) jus­qu’au Bé­dou­lien (Cré­ta­cé in­fé­rieur, -110 MA) qui for­me avec les cal­cai­res ur­go­niens les grands es­car­pe­ments ro­cheux do­mi­nant les « grès du Val d’Aren ».

            A son ex­tré­mi­té ouest, en­taillées par la clu­se du Grand Val­lat, ap­pa­rais­sent les for­ma­tions mar­no-cal­cai­res noi­râ­tres du Gar­ga­sien, Clan­sayé­sien et de l’Al­bien (110 à 100 MA) re­dres­sées à la ver­ti­ca­les.

Les ta­lus de l’au­to­rou­te mon­trent une bel­le cou­pe de cet­te ter­mi­nai­son oc­ci­den­ta­le du Gros-Cer­veau qui four­nit lo­ca­le­ment de pe­ti­tes am­mo­ni­tes py­ri­teu­ses.

La struc­ture.

            La struc­ture du sous-sol de Sa­na­ry peut se ré­su­mer, sché­ma­ti­que­ment, en un syn­cli­nal d’axe ENE-OSO, s’abais­sant à l’Ouest vers la mer.

* Le flanc sud, en gran­de par­tie sous la mer, mon­tre le Tri­as in­fé­rieur gré­so-conglo­mé­ra­ti­que – Poin­te du Bau Rou­ge – et le Tri­as moyen mar­no-cal­cai­re – Poin­te de Portis­sol – re­dres­sés à la ver­ti­ca­le. Le contact « ver­ti­ca­li­sé » avec les for­ma­tions gré­so-ar­gi­li­ti­ques du Per­mien n’est pas vi­si­ble car si­tué en mer, au Sud, et sous les al­lu­vions de la Rep­pe, à l’Est.

* Contrai­re­ment au flanc sud, le flanc nord, qui « but­te » sur les contre­forts du Gros-Cer­veau, af­fleu­re en une ban­de tri­a­si­que conti­nue de 500 m à 1 km de lar­ge, de­puis Tas­sy à l’Ouest jus­qu’à la Ber­nar­de, à l’Est. Le Tri­as mon­tre ici des dé­for­ma­tions par plis et écailles, qui se ma­ni­fes­tent dans la mor­pho­lo­gie par une suc­ces­sion de but­tes et de col­li­nes cal­cai­res, sé­pa­rées par des « cou­loirs » et des dé­pres­sions mar­neu­ses  (Tas­sy, Ste Tri­ni­de, la Pio­le, le Lan­çon, la Ber­nar­de…).

Les pen­da­ges sont glo­ba­le­ment vers le Sud.

* En­tre ces deux flancs tri­a­si­ques, net­te­ment dis­sy­mé­tri­ques, se dé­ve­lop­pent les for­ma­tions cal­cai­res et mar­no-cal­cai­res du Ju­ras­si­que in­fé­rieur et du Ju­ras­si­que moyen.

Les va­ria­tions de pen­da­ges des stra­tes sont per­cep­ti­bles :

– d’une part, en­tre la ri­ve nord de la baie de Portillon et la ri­ve sud de la baie des Cous­ses où les cal­cai­res du Ju­ras­si­que in­fé­rieur plon­gent vers le Nord (Fig. 6)

– d’au­tre part, au Nord de la baie de Ban­dol  où  les mar­no-cal­cai­res du Ju­ras­si­que moyen et les cal­cai­res du Ju­ras­si­que in­fé­rieur plon­gent vers le Sud, com­me le mon­trent les cou­pes de la ri­ve droi­te du Grand Val­lat et cel­les des tran­chées de l’au­to­rou­te.

Re­la­tions avec le Bas­sin du Beaus­set.

            La struc­ture syn­cli­na­le du bas­sin de Ban­dol est « dé­ver­sée » sur le bas­sin du Beaus­set, par des­sus l’en­sem­ble Gros-Cer­veau-Crou­pa­tier, com­me en at­tes­tent les mas­sifs du Beaus­set-Vieux et de Pi­bar­non-Fon­ta­nieu cons­ti­tués du mê­me ma­té­riel (Tri­as et Ju­ras­si­que in­fé­rieur).

            Sur le ter­ri­toi­re de Sa­na­ry ce­la se tra­duit :

– au Sud du Gros Cer­veau par :

  • le dé­dou­ble­ment de la sé­rie tri­a­si­que en­tre Tas­sy et le Lan­çon
  • l’écailla­ge et le ren­ver­se­ment de cou­ches dans le Tri­as su­pé­rieur et le Ju­ras­si­que dans les quar­tiers au Sud de la Cla­vel­le, à Ste Tri­ni­de et au Lan­çon.

– dans le mas­sif du Gros Cer­veau lui-mê­me par :

. le re­dres­se­ment et le ren­ver­se­ment des cou­ches du Cré­ta­cé in­fé­rieur de­puis le Bois de Sa­na­ry jus­qu’à la Cla­vel­le

  • la for­ma­tion d’écailles dans les cal­cai­res du Ju­ras­si­que su­pé­rieur et du Cré­ta­cé in­fé­rieur, en­tre les Ou­vra­ges du Gros Cer­veau et de la Poin­te
  • la pré­sen­ce de dé­cro­che­ments, de di­rec­tion N-S, qui af­fec­tent le puis­sant en­sem­ble cal­ca­ro-do­lo­mi­ti­que du Ju­ras­si­que su­pé­rieur et et du Cré­ta­cé in­fé­rieur, ac­ci­dents sans pro­lon­ge­ment, au Nord, dans le Cré­ta­cé su­pé­rieur du bas­sin du Beaus­set.

Quel­ques cen­tres d’in­té­rêt.

Hy­dro­gé­o­lo­gie .

             L’aqui­fè­re prin­ci­pal se si­tue dans les cal­cai­res du Trias moyen (Mus­chel­kalk) et du Ju­ras­si­que in­fé­rieur (Lias), for­te­ment frac­tu­rés, qui dé­ve­lop­pent un ré­seau kar­sti­que noyé. Ce­lui-ci est ex­ploi­té, sous les al­lu­vions de la Rep­pe, aux confins des com­mu­nes de Sa­na­ry, Ol­liou­les et Six-fours, dans le quar­tier de la Baou où se trouve la station du Syndicat Intercommunal[2]. L’eau ainsi pompée est stockée à 55/69 m d’altitude dans les réservoirs Desmazures, (capacité de 1800 m3, de  Pierredon (2000 m3, à 105/109 m d’altitude) et de la Piole (2100 m3, à 170/175 m d’altitude).

             Le Gour, connu pour ses dé­bor­de­ments ir­ré­gu­liers cons­ti­tue un « re­gard » sur la nap­pe kar­sti­que. Il s’ou­vre dans les cal­cai­res du Mus­chel­kalk, for­mant ici une pe­ti­te « re­cu­lée » dont le fond est mas­qué par les for­ma­tions al­lu­via­les et col­lu­via­les pro­ve­nant de l’éro­sion des pro­ches re­liefs.

Pa­léon­to­lo­gie .

            Le Trias supérieur et le Lias in­fé­rieur de Portissol-la Cri­de mon­trent, sur des cou­ches ver­ti­ca­li­sées, des em­prein­tes de pas de Di­no­sau­res étu­diées par P. El­len­ber­ger en 1965.

             Les ni­veaux mar­no-cal­cai­res du Mus­chel­kalk four­nis­sent lo­ca­le­ment, en tou­tes zo­nes, de nom­breu­ses co­quilles de Bra­chio­po­des (Coe­no­thy­ris) : Portis­sol, la Pio­le, la Ber­nar­de.

             Les ni­veaux du Lias sont ri­ches en Bra­chio­po­des (Rhyn­co­nel­les, Té­ré­bra­tu­les), La­mel­li­bran­ches (Pec­tens, Gry­phées) et en Cé­pha­lo­po­des (Be­lem­ni­tes et Am­mo­ni­tes) : la Cri­de, pont d’Aren, Pier­re­don.

            Les cal­cai­res ur­go­niens (Cré­ta­cé in­fé­rieur) du Gros Cer­veau, plus connus sous le nom de « pier­re de Cas­sis », ren­fer­ment de nom­breux fos­si­les dont les plus ca­rac­té­ris­ti­ques sont de pe­tits Ru­dis­tes (Re­quié­nies et Tou­ca­sies)

             Les ni­veaux Ap­tien (Cré­ta­cé in­fé­rieur) de l’ex­tré­mi­té ouest du Gros Cer­veau four­nis­sent de ra­res am­mo­ni­tes.

Bi­blio­gra­phie gé­o­lo­gi­que som­mai­re.

Bercovici Chr. 1979 – Nouvelles observations stratigraphiques et tectoniques sur la géologie de la région toulonnaise, Bull. de la Soc. Sciences Nat. et Archéolo Toulon et Var n° 223, 2ème trimestre 1979, p. 9.

Bercovici Chr. 1984 – Contribution à la géologie de la région toulonnaise, Annales de la Soc. Sciences Nat. et Archéolo Toulon et Var n° 36 fasc.1, année 1984 p. 1 à 62.

Bercovici Chr. 2003 – Géologie d’Ollioules. n° 7 des Cahiers de Patrimoine ouest varois : Ollioules.

Buffetaut E. 1994 – Les plus anciens dinosaures de Provence, in : Dinosaures en Provence, Les Cahiers de Sainte/Victoire/1, EDISUD, 1994, 72 p.

Ellenberger P. 1965 – Dé­cou­ver­te de pis­tes de ver­té­brés dans le Per­mien, le Tri­as et le Lias in­fé­rieur aux abords de Tou­lon (Var) et d’An­du­ze (Gard) C.R.Ac. Sc., t. 260, p.5856

Gouvernet C. 1963 Struc­ture de la ré­gion tou­lon­nai­se. Mém. Car­te Gé­ol. Fr., 244 p. 

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Nury D., Rousset C. 1985 – Ex­ten­sion des dé­pôts oli­go­cè­nes de la ré­gion de Tou­lon (Var, Sud-Est Fran­ce). Ca­dre struc­tu­ral et im­pli­ca­tions pa­léo­géo­gra­phi­ques, gé­o­lo­gie mé­di­ter­ran­néen­ne, t. XII-XIII, n° 3-4 pp 175-184

Carte géologique de la France.

– Feuille de Tou­lon à 1/80000, (1ère édi­tion), par M. BER­TRAND, 1887 ;  (2ème édi­tion), par L. LU­TAUD et al., 1950.

– Feuille de Tou­lon à 1/50000, (1ère édi­tion), par E. HAUG et al., 1925 ;  (2ème édi­tion), par C. GOU­VER­NET, 1969.

 (Insérer ici fig. 5)                                                           (Insérer ici Fig. 6)

Fig.  5, Fort re­dres­se­ment des cou­ches vi­si­bles sur le lit­to­ral de la Cri­de et de Portissol – le Bau-Rou­ge

Fig.  6, Ri­ve sud de la baie des Cous­ses où les cal­cai­res du Ju­ras­si­que in­fé­rieur plon­gent vers le Nord

(Insérer ici)

Fig.  7, Le réseau hydrologique de Sanary.


[1] * millions d’années

[2] Un sondage a été réalisé au Lançon, dans le secteur du Gour.

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