27 NOVEMBRE 1942 – TOULON

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ÉPHÉMÉRIDES n° spécial SABORDAGE DE LA FLOTTE.

ILLUSTRATION : Le sabordage de la flotte à Toulon, 27 novembre 1942.

(Unité allemande à Aubagne, en route pour Touon, 27/11/1942)

1942 – 27 novembre :

(1942 11 27 Les Panzers en attente à Toulon)

1. SABORDAGE DE LA FLOTTE A TOULON (Première partie).

Nous avons confronté les écrits et témoignages des auteurs suivants (voir en fin de chronique la bibliographie de référence) : Albert Vulliez, Anthony Heckstall Smith, Beaucoudray, Benjamin Valloton, Georges Blond, Gisèle Argensse, Henri Noguères, J. Robichon, Jacques Verd, Jean-Baptiste Gaignebet, Jean-Jacques Antier, Ken Nicolas, contre-amiral Lepotier, Jean L’Herminier, Louis Nicolas, M. H. Albert, Marc Saibène, Marius Autran, Masson, Muracciole, Villardi de Montlaur, Paul Gaujac, Philippe Auphan, Jacques Mordal, Pierre Varillon, auxquels s’apoutent quelques sites du net.

Notons, avant toute chose, que l’Histoire maritime, tome 2, 1914-1952, cours professé en deuxième année d’Ecole navale par M. Louis Nicolas, édition 1951, ne consacrait que 12 lignes au sabordage de la flotte à Toulon sur les quelques 250 pages réservées à la Seconde Guerre Mondiale, tout en restant très diserte sur les événements qui le précèdent et ceux qui le suivent : « Le débarquement allié en Afrique du Nord, suivi de la rupture par l’Allemagne de l’armistice de juin 40, fut pour la Marine Française lourd de conséquences. A Toulon l’invasion de la zone libre par les Allemands mettait pratiquement la flotte à la merci de l’ennemi (appels Darlan 11-13). Conformément aux consignes générales de la Marine, aux ordres du 24.6.40, devant l’irruption allemande du 27.11.42, la flotte française se saborde (sic ! Note de HR : il ne s’agit pas de « La » Flotte française, mais des unités de celle-ci présentes à Toulon) : 61 unités (225 000 t) dont le Dunkerque (rappelons que celui-ci est alors incapable de naviguer car les travaux de remise en état ne sont pas suffisamment avancés pour permettre à cette unité d’appareiller, note de HR) et le Strasbourg, les croiseurs de 1ère classe Algérie, Foch, Colbert, Dupleix (toutes ces unités étaient à Toulon, mais selon des statuts très divers, certaines étant dans l’incapacité d’appareiller car étant en gardiennage d’armistice, note de HR), les croiseurs de 2ème classe Marseillaise, La Galissonnière, Jean de Vienne (rappelons que ces deux dernières unités seront renflouées et remises en état de marche par les Italiens puis coulées par les bombardement alliés de 1944, note de HR). Les sous-marins Casabianca, Marsouin, Glorieux, s’échappent. »

Comme on le voit, c’est bref, mais peu crédible en regard des faits historiques et lorsque l’on sait le peu d’empressement que les amiraux locaux (De Laborde et Marquis) ont mis pour mettre en défense Toulon contre un éventuel ennemi venant de la terre et, à l’inverse, le cœur qu’ils ont mis à prévoir une attaque alliée venant de la mer. De plus, le laconisme des noms empêche de parler des unités qui feront terriblement défaut aux alliés par la suite pour l’escorte des convois : nous pensons aux 15 contre-torpilleurs (dont certains seront reclassés croiseurs légers par les alliés en 1943), aux 14 torpilleurs et aux 4 avisos coulés, qui représentent la majeure part des unités sabordés, sinon en poids mais en nombre d’unités (rappelons cependant que le contre-torpilleur Tigre et le torpilleur La Trombe seront retrouvés intacts par les Allemands à leur arrivée dans le port toulonnais). Pour ce qui est des sous-marins, ce ne sont pas trois d’entre eux qui appareillèrent sous les coups de l’ennemi, mais 5 ; en plus des Casabianca, Marsouin et Glorieux, il convient de citer la Vénus, qui appareilla la première, mais qui, prise dans un élément de la panne, fut obligée de se saborder sur rade, et l’Iris qui gagna Barcelone pour y être internée (note de HR).

Tout au long de cette affaire, le sentiment prévalut chez les amiraux que l’ennemi viendrait de la mer et qu’il était inutile d’envisager une attaque par voie de terre. Des postes de gendarmerie étaient simplement disposés sur la route d’accès à Toulon par Ollioules. Le 26 novembre, à 23 h, l’amiral de Laborde regagnait le Strasbourget à la même heure, au fort Lamalgue, l’amiral Marquis apprenait que des chars allemands étaient stationnés vers Bandol et Sanary en bord de route côtière.

Et maintenant, entrons dans le vif du sujet !

Nous sommes le 27 novembre 1942 !

– A 00 h, le bataillon SS du colonel Fick franchit la Durance à Ansouis-Pertuis (Vaucluse) et gagne la RN 7, suivant instructions  opération de Lila. L’Obergruppenführer Hauser, assisté du CF Heydel,gagne Ollioules par RN8 – EM à hôtel Carbonel (Antier Jean-Jacques).

– à 01 h, 1er corps blindé SS (7è et 10è PZ) de l’Obergruppenführer Hauser : Opération Lila mise en mouvement ; Objectifs : 7è se séparer à Ollioules (nord arsenal, ouest arsenal et Strasbourg) ; 10e à St-Mandrier) (Noguères Henri ; Antier Jean-Jacques). Comme les Toulonnais, les Mandréens vont bientôt être réveillés en sursaut par le bruit des explosions du sabordage de la flotte qui se déroulera sous leurs yeux ébahis (Gisèle Argensse, 1989, p. 214).

– à 01 h, 2 colonnes blindées allemandes partent d’Aix en Provence et de Gémenos pour se diriger sur Toulon, lançant l’opération Lilas de capture de la flotte française. La 1ere colonne est chargée de pénétrer dans Toulon par l’est d’occuper le fort Lamalgue, de capturer l’amiral André Marquis, préfet maritime et commandant les bâtiments en « gardiennage d’armistice », désarmés ou en réparation, le central téléphonique et le centre de transmission. Des éléments blindés et des pièces d’artillerie doivent ensuite aller au Mourillon occuper l’arsenal et s’emparer des sous-marins. La seconde colonne est chargé de pénétrer dans Toulon par l’ouest, d’occuper la base aéronavale de Saint-Mandrier et d’y mettre immédiatement en batterie un élément d’artillerie, de s’emparer du PC à la Croix des Signaux et d’occuper toute la presqu’île de Saint Mandrier ainsi que les ouvrages de côte et les batteries (la-guerre-au-jour-le-jour).

– A 01 h 45 : La 1ère colonne de la 7è PZ atteint le Camp (Antier Jean-Jacques).

– A 03 h, le poste de Gendarmerie française, à 500 m à l’Est du pont de la Reppe, sur RN8, comporte 2 à 3 gendarmes avec téléphone (Noguères Henri).

– A 03 h 20 : Le Bataillon SS du colonel Fick rencontre à La Valette des Italiens non avertis de l’opération Lila (Antier Jean-Jacques).

– A 03 h 30, lorsque les chars allemands se mettent en branle sur la nationale 8, le PC de brigade allemand, Général Hauser et son Etat-major, se trouve à l’Hôtel Carbonel d’Ollioules d’où il dirige l’opération Lila. La Brigade de Gendarmerie française d’Ollioules voit les chars allemands mais ne peut alerter Toulon. 3h 45, la colonne Heilbronn atteint les faubourgs d’Ollioules et fonce sur Toulon par la D11 qui traverse Ollioules (et sur laquelle Marquis n’a pas mis de poste de garde), puis la D26 et la D63. La brigade envoie des cyclistes rattrapés par la seconde colonne (Heilbronn) qui file vers le Nord (forts du Faron et Saint-Antoine) avec les 7è rég. PZ, 78è RA, et 8è Batterie d’Artillerie. Le poste de Gendarmerie française, à 500 m à l’Est du pont de la Reppe, sur la RN8, envoie une estafette à Toulon (l’envoi de l’estafette vers Toulon se fait avant que la colonne Weitzel, qui passe par la RN8, arrive). (Noguères Henri ; Antier Jean-Jacques).

– A 04 h, la 7ème PZ dépasse Ollioules et se divise en 2 groupes. Au même moment, l’estafette de la gendarmerie française d’Ollioules arrive porte de Castigneau. L’officier de service la renvoie à Ollioules pour signaler si menace (Antier Jean-Jacques).

– A 04 h 10, l’estafette de gendarmerie tombe en panne au retour sur la RN 8, et ne peut rejoindre Ollioules pour informer de l’arrivée des Allemands (Noguères Henri). Au même moment, le poste de DCA de Saint-Mandrier voit passer des chars allemands et donne l’alerte par  projecteur à Lamalgue qui ne reçoit le signal qu’à 4 h 30 ; c’est alors trop tard car les Allemands sont déjà devant le fort depuis 5 mn, cf infra (Antier Jean-Jacques).

– A 04 h 25, les chars allemands du bataillon SS Fick atteignent le fort Lamalgue (Auphan P, Mordal J., 1958 ; Antier Jean-Jacques).

– A 04 h 30 : Tandis que les premiers avions allemands survolent Toulon où le Préfet maritime vient d’être arrêté par les Allemands, Laval et Pétain reçoivent la lettre d’Hitler annonçant l’attaque de Toulon. Toutefois, l’ordre de sabordage peut encore être transmis de Lamalgue à l’arsenal qui le retransmet à de Laborde sur le Strasbourg (Noguères Henri).

– A 04 h 50, porte nord de l’Arsenal (port marchand), les troupes allemandes tirent leurs premières rafales de mitrailleuses sur les sous-marins français (Comme le mentionne le rapport de la Haute Cour de Justice, d’après Henri Noguères).

– A partir de 04 h 50, le CV Fontaine, commandant la division métropolitaine de police à partir de l’Incomprise, avait réussi à alerter tous ses bâtiments dispersés dans l’arsenal et dans la rade – le Mars au Lazaret et la Bayonnaise à la grande jetée (Noguères Henri).

– A 04 h 55, La colonne du major Weitzel, de la 7ème PZ, arrive porte Castigneau avec 30 mn de retard sur l’horaire (Antier Jean-Jacques). Pointe du Mourillon, le bataillon SS Fick met en place une pièce de 77 dirigée vers la passe. Une colonne de la 7ème PZ venant d’Ollioules installe 8 pièces de 77 à la BAN de Saint-Mandrier (Antier Jean-Jacques). Le phare de la jetée de Saint-Mandrier est bombardé par les Allemands. Le logement et le phare ont été détruits, seule la tourelle est restée (Gisèle Argensse, 1989, p. 121).

– A 05 h, au Mourillon, le commandant Barry (sous-marin Iris) alerte son équipage afin qu’il rallie et puisse appareiller (Antier Jean-Jacques). L’appui aérien allemand est alors massif (Noguères Henri) : fusées éclairantes, mais pas de mines ou de bombes (Antier Jean-Jacques).

– Entre 05 h et 05 h 10, alors que des pièces de 77 mm allemandes amenées à Saint-Mandrier et au Mourillon sont en position de tir, la Luftwaffe commence à illuminer le port de Toulon pour surveiller les mouvements des navires. Le Casabianca s’échappe de Toulon avec un équipage incomplet.

– A 05 h 05, le Strasbourg est écarté du quai pour qu’on ne puisse monter à bord (Noguères Henri). Au même moment, la  colonne du major Weitzel de la 7ème PZ  atteint enfin la porte Castigneau (ou la franchit) : un groupe doit foncer vers les croiseurs Jean de Vienne et La Galissonnière, l’autre vers le croiseur Foch, la porte principale, la préfecture maritime et la majorité générale. Les unités des FHM ont déjà de Laborde l’ordre de branlebas (Noguères Henri ; ordre donné à 4 h 57, ou d’allumage des feux (J.-J. Antier)). Au Mourillon, la Vénus appareille suivie du Casabianca et du Marsouin. « 5h05, alerte au Klaxon ; ennemi sur les quais ; mitraillage ; sans perdre de temps, j’ordonne : Larguez partout ! »

– A 05 h 10, (Casabianca) dépasse la Vénus prise dans un élément de la panne (L’Herminier Jean – Casabianca) alors que la colonne de la 10e Panzer de la Wehrmacht, venue d’Ollioules, a installé à la base aéronavale de Saint-Mandrier huit pièces de 77, des mortiers, de puissants projecteurs, et que les chars de la même 10e Panzer battent la route côtière, jusqu’au fameux cap Cépet, que les sous-marins doivent doubler avant d’être en sécurité dans la mer libre. En fait, alertés par les « lucioles » de la Luftwaffe, les canonniers allemands ont bien vu les sous-marins leur filer sous le nez. Ils ont tiré quelques coups, mais leur tir n’est pas encore réglé. La 10e Panzer fonce sur Cépet. (…)

– Dès 05 h 15, les Allemands ont fait irruption sur le quai du grand rang, soit une demi-heure avant Milhaud et 1 h 45 avant les grands bassins (Antier Jean-Jacques).

– A 05 h 15, à Toulon, les FHM reçoivent de Laborde l’ordre de prise des dispositions finales de sabordage qui semble contredire celui d’allumage des feux qui l’a précédé (Antier Jean-Jacques ; l’ordre de sabordage ne sera donné qu’à 5 h 30) alors que les chars allemands entrent dans l’arsenal. La compagnie du capitaine von Fürstenberg, avant-garde du bataillon Weitzel du 6e régiment blindé de la 7ème PZ, entre avec ses chars et chenillettes par l’ouest de Toulon (Malbousquet), le char de tête ayant fait sauter la porte ; mais cette unité a 30’ de retard sur l’horaire prévu car mal orientés par l’avant-garde (Noguères Henri). La colonne du major Heilbronn (7ème PZ) franchit également avec un retard de 30’ la porte de la Pyrotechnie. A Vichy, le gouvernement, réuni dans le bureau de Laval,  lit des lettres d’Hitler ; sont présents : Laval, Amiral Le Luc, Amiral Abrial, Amiral Platon, Général Bridoux, Général Jannekeyn, Général Campet, M. Jardel, M. Rochat ; puis Amiral Marzin, Amiral Barnaud, Commandant Guibaud (Antier Jean-Jacques).

– A 05 h 25: 3 chars de la colonne du major Weitzel (7ème PZ) parviennent devant la porte Castigneau qu’ils enfoncent à 5 h 25 selon Smith. C’aurait été celle du Mourillon qui aurait été enfoncée à 5 h 20, ce qui est impossible : cf tir sur les sous-marins dès 4 h 50 (Noguères Henri , voir plus haut l’horaire de J.-J. Antier qui n’est pas du tout semblable ;  Smith Anthony Heckstall). Les blindés allemands enfoncent la porte principale de l’arsenal.

– A 05 h 25: (Casabianca) devant un filet anti-sous-marin ; le patron du remorqueur Dardennes refuse d’ouvrir (Nota : Effectivement, l’entrée du port de Toulon est interdite par un filet actionné à partir d’un remorqueur) ; bombe ; le remorqueur commence à ouvrir la porte (L’Herminier Jean – Casabianca). Le Dardennes est chargé de la manœuvre de la porte et du portillon, deux filets mobiles permettant le franchissement du 1er obstacle anti-sous-marins qui barre la passe entre le Mourillon et Saint-Mandrier, de l’extrémité de la grande jetée à la pointe de la Vieille. Il est constitué par des estacades. A l’ouest, le  » portillon  » reste ouvert, en principe, de 6 heures du matin à 18 heures et permet le passage des petits bâtiments de servitude, et à l’est, la  » porte « , doit être ouverte spécialement, chaque fois, pour les bâtiments de haute mer. Le deuxième barrage, anti-vedettes, part, lui aussi, de la grande jetée, mais aboutit à la jetée de la B.A.N. de Saint-Mandrier. Il est également constitué par des estacades, manœuvrées par un second remorqueur : le Gapeau. L’ouverture de ces deux barrages signifiera, pour le Casabianca et les sous-marins qui le suivent, sinon forcément la liberté, tout au moins la réussite du premier temps de la manœuvre entreprise. Par contre, tant que les barrages restent en place, portes closes, c’est encore le piège, la nasse… et c’est la perspective d’une immobilisation forcée sous le feu de l’ennemi – car il faut bien penser que celui-ci finira par mettre des pièces d’artillerie en batterie.  Du Casabianca, tandis que l’avion allemand amorce son piqué, un ordre est lancé à l’adresse du Dardennes : «Remorqueur, ouvrez ! » Que cet ordre ait été donné, tous les témoins en conviennent. Mais la suite fait apparaître combien, dans la fièvre d’une manœuvre aussi périlleuse, exécutée sous le feu et en hâte, les mêmes faits peuvent être rapportés de façon différente, voire contradictoire. « Le patron du remorqueur, note le commandant du Casabianca, réplique qu’il n’a pas d’ordres supérieurs. Bellet bondit, avec son revolver, sur l’avant du Casabianca pendant que je manœuvre pour amener l’étrave au contact du plat-bord du remorqueur. Il va, en sautant à l’abordage, convaincre ce brave homme, qui ne connaît que la consigne, que les  » ordres rapprochés  » ont quelque valeur mais c’est inutile. L’avion a fini son piqué et lance une bombe qui tombe entre notre arrière et le torpilleur Mars amarré, bas les feux, à la jetée du Lazaret. La gerbe éclate sous les yeux médusés du patron du remorqueur, qui comprend enfin que nous ne faisons pas de fantaisie en voulant sortir et manœuvre pour ouvrir le filet. » Le même épisode, vu du Dardennes par le patron Franceschi, n’offre que d’assez lointains rapports avec ce récit : « Après nous être rendus à l’ouest de la passe pour ouvrir le  » portillon « , nous sommes retournés à la bouée de la grande porte. Après avoir accosté, nous étions occupés à remettre la pantoire du filet au croc de remorque quand trois sous-marins se présentent en ligne de front pour franchir la passe, et nettement dans l’ouest de la porte. Le sous-marin le plus près du remorqueur devait se trouver à environ vingt mètres sur son avant et perpendiculairement à lui. (Le remorqueur E.W., et le sous-marin N.S.). J’ai bien entendu une voix crier :  » Remorqueur, ouvrez !  » et j’ai répondu :  » On va ouvrir, mais faites en arrière, vous allez dans les estacades.  » J’aurais bien voulu faire vite, mais la petite brise de nord-ouest drossait le remorqueur sur la pantoire en fil d’acier. Il a donc fallu mettre un bout, prendre la pantoire par l’arrière avec une gaffe et la capeler au croc, avant de pouvoir manœuvrer l’hélice… au même moment, premières bombes sur le sous-marin qui se trouvait au centre. La mitrailleuse qui se trouvait sur la margelle du phare de la grande jetée, côté ouest, feu vert, ouvre le feu sur les avions qui, immédiatement, éteignent leurs feux de position. Nous commençons la manœuvre d’ouverture. Je demande par signaux sonores (sifflet à vapeur) les ordres d’ouvrir au poste de commandement qui se trouve sur la jetée de la Piastre. Celui-ci répond affirmativement par signaux lumineux conventionnels. Les trois sous-marins manœuvrent pour prendre la sortie, en ligne de file, dès que l’ouverture sera assez large pour leur permettre de franchir le premier barrage. Quand nous eûmes ouvert le passage des filets d’environ vingt mètres, le Dardennes se trouvait à une trentaine de mètres dans le 270 du feu vert. Le Gapeau, à son tour, amorce sa manœuvre d’ouverture ! … » (netmarine / bat / tcd / gapeau / ancien : Affecté à Toulon, le Gapeau s’illustre lors du sabordage de la flotte en ouvrant le barrage anti-vedettes situé entre la grande jetée et la BAN Saint-Mandrier, action qui permet l’évasion des sous-marins Casabianca, Vénus, Marsouin, Iris et Glorieux. Trouvé intact St-Mandrier après le sabordage, il est saisi par les Italiens qui le nomment FR 94 ou sous le n° de coque FR91. Le 9 septembre 1943, il est récupéré par la DP , puis réquisitionné par les Allemands. Le 6 août 1944, il est touché lors d’un bombardement allié. Le 23 août, les Allemands le sabordent à Toulon. Il est ensuite renfloué et utilisé par la DP. Finalement, il sera retiré du service actif le 19 juin 1948 et démoli à Toulon). Le Marsouin passe maintenant devant le Dardennes, à trente mètres du musoir sud de la jetée, du seul point de tout le camp retranché de Toulon d’où part une timide réaction de D.C.A. C’est une mitrailleuse de 13,2 qui s’est mise à cracher, sans attendre un ordre d’ouverture du feu que le commandant Orlandini ne donnera pas. « On voyait la passe comme en plein jour quand les sous-marins ont franchi les filets, raconte Franceschi. J’ai donné l’ordre de déclencher la remorque et j’ai éteint les feux de position. Nous nous sommes éloignés le plus rapidement possible de la zone dangereuse. Les sous-marins ayant mis en plongée dès leur sortie étaient devenus invisibles pour les avions, mais à cette époque de l’année les eaux sont très phosphorescentes et les avions ont pris le sillage du Dardennes pour celui d’un sous-marin… J’ai cru bon, poursuit-il, de diriger toujours mon remorqueur sur le point de chute de la dernière bombe. Je suis convaincu qu’en manœuvrant ainsi j’ai sauvé mon remorqueur et mon équipage tout en attirant les avions sur nous, ce qui a permis aux submersibles de s’en tirer au mieux de leurs intentions. Puis, le jour venu, le torpilleur embossé nord-sud à l’intérieur de la grande jetée, abandonné par son équipage, s’est enfoncé rapidement dans l’eau, ainsi qu’un autre torpilleur amarré à l’extrémité est du quai du Lazaret. Nous nous sommes alors dirigés sur le phare de la grande jetée où nous étions certains de trouver des morts ou des blessés. La margelle du phare était écroulée, mais nous avons réussi à accoster l’avant du remorqueur sur le mur démoli. Deux hommes ont sauté à terre : le matelot-mécanicien et le matelot-manœuvrier. Enfin, les deux matelots reviennent, transportant un blessé – le gardien du phare – et me rendent compte qu’un autre blessé, un jeune marin, se trouve coincé entre deux blocs de la jetée.  » J’ai laissé les deux matelots sur la jetée et, avec le premier blessé, j’ai fait route sur l’École des Mécaniciens et Chauffeurs. Les mines magnétiques mouillées par les avions allemands commençaient à exploser au fur et à mesure, au contact de la masse des filets. C’est seulement en arrivant à Saint-Mandrier et en débarquant leur blessé à l’infirmerie de l’E.M.C. que Franceschi et ses hommes ont appris que les Allemands avaient occupé Toulon ! Les pêcheurs de Saint-Mandrier, poursuit Franceschi (qui trouve cela tout naturel), sachant qu’après l’explosion des mines magnétiques ils trouveraient du poisson mort à la surface, se sont précipités avec leurs barques en direction du barrage, et l’un d’eux a eu l’amabilité de prendre à son bord les deux matelots ainsi que le jeune marin blessé et de les débarquer au creux Saint-Georges, port de Saint-Mandrier. Le soir venu, Franceschi et ses matelots ont pu, avec la complicité des pêcheurs de Saint-Mandrier qui leur ont prêté des vêtements civils, quitter le Dardennes. Mais non sans avoir ouvert une vanne et constaté que le remorqueur – dernier sabordé de la journée – coulait droit, sur place (beaucoudray / toulon).

– A 05 h 30 : Le commandant L’Herminier note : « barrage incomplètement ouvert ; franchi le barrage ; trois avions mouillent les mines par parachute à 100 mètres par bâbord avant ; plongée ». A la même heure, à Vichy, le gouvernement décide de négocier. « Evitez tout incident. De la part amiral Abrial.  Ceci modifie intégralement les instructions antérieurement reçues.» . Laval et l’Amiral Abrial envoient ce message à l’Amiral Marquis qui ne peut plus être joint – et pour cause –  ; c’est Dornon qui reçoit le message. Mais c’est trop tard : à Toulon, l’amiral de Laborde a transmis à ses commandants d’unités des FHM l’ordre de sabordage. Ne restent plus à bord que les équipes de sabordage. « Ici amiral FHM. Sabordez la flotte. Sabordez la flotte. » (Noguères Henri). A bord du Marsouin, le commandant Mine donne l’ordre de plonger pour franchir la passe (Antier Jean-Jacques).

– A 05 h 40 : Le commandant Mine note : « route au 100 ; explosion de mines, diverses avaries intérieures ». Le gardien du phare, M. Joseph Calone, est blessé. A bord du Strasbourg, le commandant Seyeux, du bureau du mouvement, met en route le sabordage du bâtiment alors qu’un petit groupe d’Allemands s’etait présenté à la coupée du Colbert, mais le commandant en second, CF Barrière, descendu sur le quai les avait dissuadé de monter à bord. Cette conversation était ponctuée par les explosions du Strasbourg. S’entendant répondre que le Colbert allait également sauter, les Allemands se retirèrent sans insister (Antier Jean-Jacques ; Noguères H.).

– Au petit matin du 27 novembre 1942, les militaires français cantonnés à Cépet dynamitent les 4 canons de 340 constituant la batterie. Les Allemands investissant après coup les lieux ne peuvent que constater les dégâts. La tourelle Est semble la plus atteinte : les explosifs ont fendu les pièces sur plus de 1 ,50 m les rendant définitivement inutilisables. Par contre, la tourelle Ouest est, à priori réparable mais après de longs mois, les charges ayant été placées dans les chambres à poudre (Ken Nicolas, p. 99 ). Le personnel est fait prisonnier. Après quelques jours passés au fort de Six-Fours, ils seront tous libérés et un grand nombre rejoindra les maquis de la Résistance (Gisèle Argensse, 1989, p. 217).

– A 05 h 45 : Ici, les récits divergent quelque peu. Le sabordage est effectivement commencé sur le Strasbourg. Mais on n’en est pas encore aux explosions. C’est à cet instant précis que les premiers éléments allemands franchirent le mur d’enceinte de Milhaud. Le poste de garde ne tire pas de fusée d’avertissement. Un homme est toutefois envoyé pour avertir le Strasbourg mais il ne peut accéder au bâtiment, celui-ci étant écarté du quai depuis 5 h 05. Un tank débouche sur la route menant au Strasbourg et tire en direction du cuirassé. Bilan : un officier grièvement blessé, le LV Georges Fay qui mourra le jour même et cinq blessés légers, tous dans la tourelle 5. Quelques rafales d’armes automatiques sont lâchées. Le Strasbourg riposte. Quatre ou cinq Allemands tombent et le tank bat en retraite. L’Amiral de Laborde fait immédiatement cessé le feu « sans avoir encore compris ce qui s’était passé » (Noguères H.).

– A 05 h 45 : la colonne du Major Heilbronn franchit la porte du Chemin de Fer après 30 nouvelles minutes de recherches et de discussion. Un marin avertit le Strasbourg. De la Préfecture maritime, Dornon et Biseau diffusent le message d’Abrial de 5 h 30 (Antier Jean-Jacques). Celui-ci parvient par le biais de la Majorité au Commandant Le Merdy sur le cuirassé Provence (Eviter tout incident, de la part de Laval). Un char allemand tire à partir de Cépet contre Le Glorieux parvenu en grande rade ; le sous-marin  plonge, puis direction Alger (Auphan P, Mordal J.,1958).

– A 05 h 50 : Un char de la colonne du Major Heilbronn tire sur l’une des tourelles de 130 du Strasbourg (1 mort), voir Antier Jean-Jacques, citant le rapport de Laborde. Le capitaine de vaisseau Orlandini donne l’ordre de saboter toutes les batteries de Toulon.

– A 06 h : les chars de la colonne du Major Heilbronn arrivent aux appontements de Milhaud alors qu’un nouvel ordre donné par l’amiral de Laborde part du Strasbourg : « Hissez les couleurs et, si possible, le petit pavois. » En même temps l’ordre écrit de sabordage arrive aux officiers du Strasbourg. Le Cdt Seyeux reprend les opérations interrompues par l’épisode du char allemand ; découpage au chalumeau des grandes roues des réducteurs de machines, sabordement des cloisons entre machines et chaufferie, ouverture des portes entre les compartiments, mise en place d’explosifs partout, des machines aux tourelles. 250 hommes ayant achevé leur mission se préparent à quitter le bord (Auphan P, Mordal J.,1958 ; discussion entre Heilbronn et de Laborde. Antier Jean-Jacques donne 5 h 50 lorsque le 1er char tire sur le Strasbourg. Noguères H.). […] L’ordre écrit de sabordage parvient à 6 h également à la Marseillaise. Ces ordres écrits signés par l’amiral De Laborde seront les dernières liaisons de commandement des FHM.

– A 06 h, le central téléphonique du Strasbourg est isolé (Auphan P, Mordal J.,1958).

– A 06 h 05 : l’émetteur OTC du Strasbourg fait savoir à son tour qu’il se saborde et cesse tout trafic (id.). Son exemple est suivi aussitôt presque partout : le personnel radio rend immédiatement son matériel inutilisable, soit à la masse, soit, comme sur l’Adroit, à l’acide des accumulateurs (Noguères H.). L’ordre écrit de sabordage parvient à l’Algérie à 6 h 05. Une erreur d’acheminement conduit la vedette une vedette du Strasbourg à toucher les navires en gardiennage : à 6 h 05, elle apporte au La Galissonnière, Cdt Moreau, l’ordre de Laborde destiné au Jean de Vienne amarré lui aussi à Missiessy. Moreau le renvoie à son destinataire, mais en profite pour téléphoner à son chef de groupe, le CV Amiel, à bord du Dunkerque qui lui-même obtient au téléphone le Mogador et le charge de prévenir les autres bâtiments qui sont avec lui à La Seyne : Valmy et Lansquenet. Toutefois, Amiel ne parvient pas à joindre trois de ses chefs de groupes : le CC Huet (le Tigre et le 1er groupe des CT), le CF Arden (1er sous-groupe des torpilleurs) et le CF Le Roch (Gladiateur). Ces ordres écrits signés par l’amiral De Laborde seront les dernières liaisons de commandement des FHM (id.).

– A 06 h 10 : C’est à bord de la Provence, que se produit le premier contact avec la Wehrmacht. Le Cdt Le Merdy trouve à la coupée arrière le  LV Lostie de Kerhor « raccompagné » par un groupe de soldats allemands. (…) Le Merdy gagne du temps en parlementant, tandis que les destructions sans explosifs se poursuivent à bord. Les Allemands pénètrent dans le bureau de l’Amiral Jarry qui à son tour parlemente. A la même heure, un détachement de trois allemands se présente à hauteur du Strasbourg. Son commandant demande que l’on rende le bateau intact. Ce à quoi l’Amiral De Laborde répond qu’il est coulé. En effet, le Strasbourg, toutes vannes ouvertes est déjà sur le nez, l’avant enfoncé, échoué. Depuis ¼ d’heure les mèches des pétards sont allumées, aux pièces, dans les fonds et aux chaufferies. Les destructions au chalumeau sont terminées. Les Allemands n’insistent pas (Noguères H.).

– A 06 h 12 : Dans l’arsenal principal, le cdt Hamel, du Foch, désarmé et en gardiennage, craint de ne pas avoir le temps de mener dans les règles le sabotage de son navire, car il n’a eu connaissance de l’ordre de sabordage qu’avec un sérieux retard, par une liaison avec le Vautour, puis par un coup de téléphone avec le Dunkerque. Sur le quai des machines où il est amarré, les Allemands débouchent en force, mais ne s’arrêtent pas. Les premières destructions sont opérées sommairement. En fait, deux heures se passeront avant que les Allemands se présentent à la coupée (Noguères H.).

– A 06 h 15 : deux bâtiments de la 1ère flottille de patrouille, le Josette-Claude (de la 105ème SD) et le Jean-Bart II, appareillent sur l’ordre du LV Brugerolles, pour aller remplir d’éventuelles missions de sauvetage en rade. A même moment l’équipage de l’Algérie, à l’exception des équipes de sabotage et de sabordage, est déjà rassemblé sur le quai, encadré par les officiers. Les Allemands voulant monter à bord, le cdt CV Malgouzou, descend l’échelle de coupée et engage avec eux une conversation destinée à laisser aux opérations de destruction le temps de s’achever. Sur la Marseillaise tout se passe comme à l’exercice. Les Allemands ne sont pas encore là : les explosifs sont en place, toutes le mesures sont prises. Le bâtiment a été évacué. La plupart des hommes du Strasbourg – à l’exception des équipes de sabordage – ont été évacués vers Lagoubran. Les officiers ont été gardés près de la porte de Milhaud (Noguères H.).

– A 06 h 20, tandis que les chars allemands arrivent au quai des Machines. De Laborde ordonne au commandant Seyeux de passer à l’exécution des destructions finales  du Strasbourg. Pendant que l’Amiral Jarry s’explique avec les Allemands, le cdt Le Merdy donne, à 6 h 20, l’ordre d’exécution de sabordage au chef du service « machines » de la Provence. Puis il rejoint l’amiral Jarry sur la plage arrière où tous deux sentent le bâtiment s’incliner sur bâbord. Incapables d’arrêter le sabordage de la Provence, les Allemands arrêtent les deux officiers. Des quatre sous-marins restant au Mourillon, le Diamant s’est sabordé sur place. Les trois autres, Redoutable, Pascal et Poincaré sont amarrés au quai sud de la darse du Mourillon. Les Allemands, sur place depuis longtemps, n’essaient de s’en emparer qu’entre 6 h et 6 h 20 ; mais le sabordage se déroule malgré les rafales et les grenades. Le Redoutable et le Pascal coulent. Les Allemands ont pu monter à bord du Poincaré, et arrêter le remplissage de la coque réalisé à demi. L’amiral Lacroix descend au bas de l’échelle de coupée de l’Algérie où il trouve le CV Malgouzou en conversation avec des Allemands. L’amiral prend « la conversation à son compte » et informe ses interlocuteurs que le bateau va sauter. Le commandant de la Marseillaise, CV Montrelay, donne l’ordre d’ouvrir les prises d’eau, de manœuvrer les vannes pour le noyage et d’allumer tous les explosifs. Le sabordage est devenu irrémédiable. Les blindés s’arrêtent sur le quai, à hauteur du Dupleix, amarré dans la darse de Missiessy. Le sabotage est déjà bien avancé. Le CV Moreau voyant les Allemands se ruer à bord ordonne de raccourcir de moitié le temps des mèches pour le grenadage des 203. Tous les contre-torpilleurs et les torpilleurs de la 3ème escadre légère des FHM ont reçu au plus tard à 6 h 20 l’ordre écrit de l’amiral de Laborde et démarrent sans attendre les opérations de sabordage. Le CF Bienaymé, commandant le Vautour amarré dans l’arsenal, mais appartenant aux FHM, a donné dès 6 h 20 l’ordre final : l’eau s’engouffre dans les soutes. A 6 h 23, le commandant et les dernières équipes descendent à terre.

– A 06 h 25, une colonne de chars légers allemands parcourt le quai des machines et met les marins en joue. Puis les Allemands emmènent avec eux le CF Bienaymé pour qu’il les pilote dans l’arsenal (Auphan P, Mordal J.,1958 ; Antier Jean-Jacques ; Noguères H.).

– A 06 h 25 : Sur la plage arrière de l’Algérie ne restent que le CF Bergot, cdt adjoint, le CV de Guibert, s/c d’EM de l’amiral Lacroix, l’OM principal Blanc, le LV canonnier Soler et gradé canonnier. Une colonne de fumée sort de l’avant provenant de l’incendie du poste avant. Le cordeau bickford de la tourelle 4 est allumé. L’incendie gagne et le bateau coule vite. L’Amiral Lacroix, et les Cdt Malgouzou et de Guibert sont emmenés par les Allemands qui envahissent le quai mais ne montent pas à bord de crainte des explosions. Malgré la présence des Allemands à bord du Dupleix, l’allumage des explosifs est effectué, des soutes aux tourelles. Mais les Allemands, refusant de parlementer, exigent de visiter le croiseur. Et font fermer les vannes malgré les protestations des marins français. Le noyage des soutes est donc arrêté. Le navire devient donc une machine infernale en plein cœur de l’arsenal. Les plus surpris sont les Allemands lorsqu’ils voient avec quelle rapidité les dernières équipes restées à bord du croiseur exécutent l’ordre d’évacuation… (Noguères H.).

– A 06 h 27 : Sur le Dupleix, les pièces de 90 et de 203 commencent à exploser (id.).

– A 06 h 30 : Du bord de la Bayonnaise, de garde le long de la grande jetée, le CC Barrelon note : « Violentes explosions dans le secteur du quai Noël. Les explosions se succèdent ensuite dans tout l’arsenal. » [id. : Le secteur du quai Noël est celui de la 3ème escadre légère de l’amiral Négadelle. Tous les contre-torpilleurs et les torpilleurs des FHM ont reçu au plus tard à 6 h 20 l’ordre écrit de l’amiral de Laborde. Sur tous les bâtiments les opérations de sabordage ont été à bien sans incident. Les Allemands ont été retardés par l’isolement même de ce secteur séparé de l’arsenal même par le canal des subsistances et de Milhaud par la passe de Missiessy. L’évacuation de l’équipage a pu se faire sans difficulté et les hommes sont rassemblés, sac à terre, sur le quai Noël tandis que retentissent les premières explosions. Les Allemands arrivent à Gambin, au PC du commandant de la DCA. Ils occupent les standards téléphoniques, mais laissent quelques fiches en place et le CV Orlandini, resté sur le mirador, gardera pendant une demi-heure la liaison avec certains ouvrages. Il saura ainsi que les destructions ont pu être effectuées avant l’arrivée des Allemands aux batteries de Six-Fours, Saint-Antoine, Ducuing, Cap Brun, Salins et Estérel. Les pièces de 37 et de 25 de Malbousquet sautent au même moment. Au cours de l’évacuation, un marin français est abattu dans l’une des chambrées. à Saint-Mandrier, à 6 h 30, un matelot est blessé à la cuisse. Les Allemands installés à la BAN essuient le feu d’une pièce de 25 tirant de la grosse tour du Mourillon. Le ballon captif flambe. Les Allemands furieux ripostent avec leurs obusiers contre leurs camarades de la grande jetée. un groupe de combat Allemand se présente enfin à l’arrière de la Marseillaise où tout se déroule sans problème. L’amiral Bléhaut refuse que les Allemands montent à bord. Ceux-ci ayant peur de voir sauter les charges dont les mèches sont allumées se réfugient derrière la maçonnerie du quai. Puis ils reviennent. Mais le croiseur prend alors de la gîte sur bâbord L’amiral descend alors sur le quai et refuse d’accompagner les Allemands tant que le CV Montrelay ne sera pas descendu à son tour. Ce qu’il fera à 6 h 35.

– A 06 h 30, au quai est des Grands Bassins, près de l’angle Robert, le Commandant Teste achève son évacuation. Le commandant Deglo de Besse est sur sa passerelle depuis près de deux heures : i1 a assisté à l’appareillage des sous-marins du Mourillon et a même appuyé l’opération de sa D.C.A. L’ordre d’exécuter le sabordage est donné au Teste de la Provence, au mégaphone, par le lieutenant de vaisseau d’Adhemar, dont la voix est reconnue par le commandant Deglo de Besse et par le capitaine de corvette Parés. La prise des dispositions finales s’était trouvée compli­quée par la nature même du personnel embarqué sur le Teste le transport d’aviation est, en effet, le bateau-école des apprentis marins. Ceux-ci ont été rassemblés dès 5 h 45. Le commandant, estimant sans doute qu’à cet âge il convient d’affronter les émotions l’estomac plein, a fait déjeuner tout son monde avant d’ordonner l’évacuation, qui s’est faite en ordre, par compagnie, confor­mément au plan établi. Chaque compagnie se range main­tenant sur le terrain de sports, côté ouest. Les malades ont été évacués sur l’infirmerie de la Défense Littorale, Une dernière ronde est effectuée : des soutes aux locaux disciplinaires, le bâtiment est visité par le commandant en second qui rend compte : Tout le monde a évacue. La dernière équipe de sabordage effectue alors son tra­vail. C’est à ce moment précis qu’apparaissent les Alle­mands. Ici encore, il ne s’agit que d’un détachement « symbolique »  – un sergent et trois hommes – On parlemente juste le temps nécessaire pour permettre à l’équipe de sabordage d’ouvrir les redressements – dernière opération à effectuer (id.).

– A 06 h 35. le CV Montrelay quitte le Strasbourg.

A 06 h 40, pour le Commandant Teste, tout est terminé, note le commandant Deglo de Besse, et l’équipe dernière rallie la salle d’armes, après s’être bien assurée que l’eau rentrait partout. Dans la salle d’armes, se trouvent quatre Allemands dont un ser­gent l’équipe dernière, de dix hommes, et quelques officiera (C£F. Py, C.C.. Parés, L.V. Lemiére, I.M.P. Bault, L.V. Masson, 1.M. Le Dantec, Abbé Foulon). Le sergent allemand ordonne à tous d’évacuer en laissant cinquante chauffeurs (Thiezer). je fais celui qui ne comprend pas, pour gagner du temps, et explique que le Commandant Teste est bateau-école  et n’a pas de chauffeurs. A ce moment, la lumière s’éteint. Légère inquiétude du côté allemand, calmée par des lampes individuelles immédiatement allumées par les officiers présents. « Je préviens que le bateau coule, et ils précipitent l’éva­cuation qui se fait rapidement dans l’ordre prévu par la tradition. » (id.).

– Au lever du jour, vers 06 h 45 – 7 h, dans l’ensemble, les destructions ont été effectuées à peu près partout de Sanary aux îles d’Hyères, sauf à la Cride et à la batterie de 138 des Sablettes (1partiellement sabotée), avant l’occupation des batteries et des ouvrages par les Allemands (id.). Des centaines de salariés des FCM habitaient le long de la côte : Mouissèques et sa petite rade, Bois Sacré, Balaguier, St Mandrier. J’habitais avec ma famille entre les Mouissèques et le Bois Sacré (Pin de Grune), un hameau d’ une quarantaine de familles. Le 27 Novembre, au petit matin, des explosions violentes réveillent les habitants ; tout notre quartier est vite rassemblé, inquiet, s’interrogeant. En face dans l’Arsenal, les incendies font rage, les explosions se succèdent. Dans le ciel, des avions lancent des fusées éclairantes surtout du côté de la passe de SAINT MANDRIER. Chacun croit à un bombardement d’avions venus d’Afrique du Nord (Louis Puccini, La Seyne et la Résistance).

– A 07 h, à Saint-Mandrier, le CV Clarin, cdt de l’Océan transformé en ponton-école, a fait envoyer par le fond – pour l’exemple – la Roche-Françoise, chalutier dragueur armé d’une pièce de 75 et de deux mitrailleuses. Lorsque le jour. se lève sur Saint-Mandrier, la Roche-Françoise achève de couler droit, le haut de la cheminée demeurant visible. C’est alors qu’un Oberlieutenant de la Wehrmacht, accompagné d’un interprète, se présente à la coupée tribord arrière de l’Océan et demande à parler au commandant. Devant le refus d’obtempérer de celui-ci, les Allemands se retirent. La BAN est envahie. Les hommes sont rassemblés sur le terre-plein et embarqués dans des camions jusqu’au fort Napoléon. Au bout de deux jours, ils reviendront pour découvrir la base pillée. A 07 h, à La Seyne, les trois bâtiments amarrés au quai des chantiers : Mogador, Valmy et Lansquenet,sont sabordés (Noguères H.). A La Seyne, vers six heures, deux baleinières accostent à un ponton de bois ; des marins français débarquent et grimpent le chemin d’accès au hameau. Ils nous expliquent rapidement le sabordage, l’entrée des Allemands dans l’Arsenal, les combats, la fuite. Ils demandent des vêtements civils (Louis Puccini, La Seyne et la Résistance). 07 h, il ne reste plus de la Vénus qu’une trace d’huile à 1500 m dans l’est du phare de la jetée de Saint-Mandrier. Le sous-marin Iris, commandant Dégé, a gagné le large, et met le cap sur Barcelone. Le Casabianca est à 40 m d’immersion route au sud, remontant périodiquement écouter les émissions radios. A bord du Marsouin, le cdt Mine note : « 7 h, rien en vue », laisse la suite à son second dans le kiosque et descend rejoindre l’équipage auquel il dit : « Les boches nous ont attaqués lâchement. Nous sommes libres de nos serments que des chefs prisonniers ont exigé de nous. Nous reprenons le combat et nous rejoignons l’Afrique du Nord. Le Marsouin est sain et sauf. Vive le Marsouin ! » ; Casabianca, Iris et Glorieux voient en même temps l’énorme colonne de fumée noire qui s’élève dans le ciel de Toulon (Noguères H.).

A 07 h 05, quand les Allemands apparaissent sur le quai ouest et longent les épaves du Vauquelin et du Kersaint qui ont coulé quelques minutes plus tôt, tout l’équipage du Dunkerque procède à l’évacuation des sacs et des effets personnels, et se rassemble sur le quai. A bord du cuirassé, les explosions se succèdent, de plus en plus fréquentes et violentes. Puis l’équipage, encadré par la Wehrmacht, est emmené vers l’Arsenal. Par contre les Allemands récupèrent l’Espoir et le Vengeur à sec dans le grand bassin nord-ouest (Noguères H).

– A 07 h 20, tandis que, dans l’arsenal de Toulon, les chars allemands arrivent aux grands bassins (Auphan P, Mordal J.,1958), à Saint-Mandrier, les Allemands reviennent à la coupée de l’Océan et ordonnent au commandant Clarin de quitter le bord et de faire évacuer le bâtiment. Nouveau refus. Ils se décident enfin à monter à bord, non sans mal. Le cdt Clarin proteste véhémentement contre la violation du camp retranché de Toulon. L’officier allemand  déclare le Cdt Clarin « prisonnier de guerre », et lui donne cinq mn pour quitter le bord. Pendant cette scène, l’IMG Le Floch partait voir le général commandant les troupes allemandes en opérations à Saint-Mandrier qui  avait son PC. avancé à la sortie du Creux Saint-Georges. Il lui explique qu’il dirige une école civile préparant des jeunes gens de familles peu fortunées et candidats à un engagement éventuel dans la marine. « – Vous n’avez aucun militaire avec vous? demande le général. – … le cadre professeurs et instructeurs se compose d’officiers et de gradés de la marine détachés pour l’instruction ». Le général, finalement, se contentera de donner au directeur de l’E.M.C. l’ordre de livrer les armes et munitions qui peuvent se trouver dans son établissement (Noguères H.).

– A 07 h 30 : Arsenal de Toulon, les chars allemands arrivent au quai Noël (Auphan P, Mordal J.,1958). A 8 h,  l’ingénieur général Le Floch : « Lorsque je signalai au général allemand mon intention de hisser les couleurs françaises à 8 heures, ajoute, celui-ci me répondit que j’en avais le droit car il ne venait pas en ennemi. » (Noguères H. : Le Floch encore : « Depuis, le pavillon français flotte en permanence jour et nuit sur le bâtiment de la direction et les couleurs sont hissées et rentrées aux heures réglementaires à la porte principale de l’école avec le cérémonial habituel. Je prévenais ensuite que je comptais continuer l’instruction et suivre le pro­gramme normal. »).

2. MESSAGE DU FUHRER AU MARECHAL PETAIN. Berlin, 27 novembre. — Le Führer a adressé au maréchal Pétain, chef de l’Etat français, le message suivant :

« Grand quartier général du Führer, 26 novembre, à Son Excellence le Chef de l’Etat français.

Monsieur le Maréchal,

Lorsque, le 11 novembre 1942, j’ai dû en accord avec les alliés de l’Allemagne, me décider à occuper la côte méridionale de la France afin d’assurer la défense du Reich dans la guerre qui nous a été imposée par la France et l’Angleterre, j’ai pris cette décision dans l’espoir d’amener par là une clarification de la situation politique dans votre pays et d’agir ainsi non seulement dans l’intérêt de l’Allemagne et de l’Italie, mais encore dans celui de la France. Me reportant en arrière, je dois rappeler, une fois de plus, qu’en septembre 1939 ce n’est pas l’Allemagne qui a déclaré la guerre à la France et à l’Angleterre, mais qu’au contraire je n’ai pas laissé passer une occasion, depuis le jour où j’ai pris le pouvoir, de faire passer les relations franco-allemandes du plan arbitraire du Diktat de Versailles à celui d’une véritable collaboration amicale. L’Allemagne n’a alors demandé à la France qu’une seule chose : c’est de ne pas repousser la main qu’elle lui tendait. Malheureusement, les intrigants anglo-saxons, et derrière eux les juifs, ont, sans la moindre conscience, réussi à faire passer le moindre geste de réconciliation fait par le nouveau Reich pour un signe de faiblesse, et chaque offre de paix pour un signe de l’imminence de notre effondrement.

La responsabilité des excitateurs juifs.

Tandis qu’en Allemagne aucune revendication n’était adressée à la France, ni par le gouvernement, ni par qui que ce soit d’autre, ni dans les discours, ni dans la presse; tandis que rien n’était toléré qui pût porter atteinte à l’honneur de la France, les excitateurs responsables réclamaient à Paris le morcellement du Reich allemand, la mise en esclavage de son peuple, la liquidation des fondements de notre législation sociale, et en particulier le rétablissement dans ses droits illimités d’exploitation de la race juive, qui avait été ramenée en Allemagne dans les limites qui conviennent. Je n’ignore pas, monsieur le Maréchal, que vous-même n’avez aucunement participé à ces menées bellicistes, vous savez aussi qu’encore au lendemain de la campagne de Pologne j’ai renouvelé mes déclarations et j’ai offert la paix sans formuler aucune exigence pour l’Allemagne, avec le seul but de servir la collaboration européenne. Comme aux premiers jours de septembre, ceux qui avaient intérêt au démembrement de l’Europe et tiraient bénéfice de cette guerre ont, après la campagne de Pologne, étouffé sous leurs clameurs ce nouvel appel à la raison et exigé la continuation de la guerre à tout prix. C’est ainsi que la lutte imposée par votre gouvernement (…) au Reich allemand et, avec lui, en dernière analyse, à l’Italie son alliée a dû être réglée par les armes et non par la raison.

Les sécurités exigées par la convention d’armistice.

Malgré une victoire unique dans l’Histoire, je n’ai rien fait qui pût porter atteinte à l’honneur français et je n’ai exigé dans la convention d’armistice que les seules sécurités par lesquelles une reprise de la lutte pût être empêchée en toutes circonstances. Je n’ai jamais formulé par la suite aucune revendication qui fût en contradiction avec ce principe. Vous savez, monsieur le Maréchal, que toutes les affirmations qui ont été répandues, de source anglaise ou américaine, ainsi que par les responsables intéressés de cette guerre, et selon lesquelles l’Allemagne voudrait s’emparer de la flotte française ou aurait formulé des exigences dans ce sens, sont des mensonges délibérés.

Pendant que le Reich allemand continue à faire de lourds sacrifices dans la guerre qui lui a été imposée avec l’assentiment de la France, le peuple français a pu vivre depuis l’armistice dans la paix, autant tout au moins que ses alliés eux-mêmes ne lui infligeaient pas de sanglants sacrifices par leurs agressions navales ou aériennes. Dans le même temps, le Reich a libéré progressivement 700.000 prisonniers sur les 1.986.000 qui se trouvaient en Allemagne. » Une telle attitude est, je le crois, sans précédent dans l’histoire de la guerre. Si ces mesures ont été progressivement arrêtées, c’est seulement parce que malheureusement les éléments intransigeants ont toujours fini par s’opposer dans votre pays à une collaboration véritable.

Les bases établies lors de l’entrevue de Montoire.

Vous avez vous-même exprimé le désir, monsieur le Maréchal, d’avoir un entretien avec moi pour trouver les bases d’une telle collaboration et pour les définir. J’ai accédé à ce désir, et nous avons eu à Montoire des conversations qui, j’en étais persuadé, auraient pu fournir les bases d’une détente générale. Ceux qui avaient intérêt à la guerre ont malheureusement réussi alors en France à faire échouer, après quelques semaines, cette collaboration, en invoquant des motifs qui étaient infiniment blessants pour ma personne.

Les raisons mensongères invoquées par les auteurs du 13 décembre.

Je suis contraint de préciser ici que l’on a ouvertement prétendu que les cendres du fils de Napoléon n’ont été ramenées par moi à Paris que dans le but de vous y attirer, monsieur le Maréchal, et de vous mettre ainsi entre les mains de l’Allemagne. Je dois constater que c’est vous-même, monsieur le Maréchal, qui avez alors instamment demandé de pouvoir vous installer à Versailles et que c’est moi qui m’y suis toujours opposé, en soulignant que le monde en tirerait — bien qu’à tort — la conclusion que le gouvernement français se trouverait au pouvoir de l’Allemagne. Bien que ces événements aient été en contradiction flagrante avec l’attitude que j’avais adoptée lors de l’armistice, je n’ai pas voulu en tirer de conséquence parce que je savais, et que je sais encore, qu’il se trouve parmi le peuple français des millions de travailleurs, de paysans et de bourgeois attachés à leur travail qui n’ont, en leur âme et conscience, rien de commun avec ces intrigues et qui ne désirent que la paix. Je dois encore préciser, monsieur le Maréchal, que je n’ai jamais pris l’initiative de prier un membre du gouvernement français de me rencontrer et que c’est au contraire le gouvernement français lui-même qui a toujours pris l’initiative des conversations. Mes deux entretiens avec l’amiral Darlan ont eu lieu sur la demande expresse de celui-ci, agissant en votre nom, monsieur le Maréchal.

L’accord d’innombrables officiers a permis en Afrique du Nord l’invasion américaine.

Le débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord et du Nord-Ouest française qui, ainsi qu’il s’est avéré depuis, s’est effectué en accord avec d’innombrables généraux et officiers traîtres, a mis fin aux conditions formulées dans le préambule de la convention d’armistice et obligé l’Allemagne à prendre immédiatement, avec son alliée, des mesures de sécurité nécessaires. Mais, le 11 novembre, je n’avais pas encore connaissance de tous les événements qui ont abouti à cette action anglo-américaine.

Violations de serments ignorées du Maréchal.

Je sais aujourd’hui et vous savez également, monsieur le Maréchal, que cette occupation a été effectuée sur le désir exprès de ces éléments français qui ont poussé autrefois à la guerre, et qui n’ont pas encore disparu, même actuel de la vie publique, et surtout de la vie militaire. » Le fait que des généraux et des amiraux français, en grand nombre, n’ont pas tenu leur parole d’honneur donnée aux autorités allemandes, est en soi un fait regrettable. Mais le fait que vous, monsieur le Maréchal, soyez obligé de reconnaître que ces généraux, amiraux et officiers ont violé le serment qu’ils vous avaient prêté m’oblige à constater que les conventions passées avec ces éléments sont absolument inutiles.

Je vous transmets maintenant ci-joint les preuves montrant que, depuis l’entrée des troupes et italiennes, le 11 novembre, des assurances formelles ont été données sous forme de déclarations engageant la parole d’honneur. Les ordres qui viennent d’être découverts montrent que ces déclarations ont été violées le Jour même. En assurant que la marine (s’opposerait à) toute attaque ennemie, l’amiral a trompé une fois de plus l’Allemagne et l’Italie. En effet, après avoir fait cette déclaration le 11 novembre, il envoyait le 12 novembre l’ordre de ne tirer en aucune circonstance en cas de débarquement éventuel de forces anglaises et américaines.

J’ai conscience que vous n’avez aucune part à ces événements.

De nombreuses autre violations des conventions d’armistice ont été découvertes depuis lors. Je dois, monsieur le Maréchal, porter maintenant les faits suivants à votre connaissance :

1° J’ai conscience, monsieur le Maréchal, que vous n’avez personnellement aucune part dans tous ces événements et que c’est vous, par suite, qui en souffrirez le plus ;

2 Je représente les intérêts d’un peuple à qui la guerre a été imposée et qui, pour assurer son existence, doit lutter contre ceux qui ont provoqué cette guerre et qui la continuent aujourd’hui dans le but d’anéantir toute l’Europe. Et cela pour une clique judéo-anglo-saxonne européenne et en partie extra européenne ;

3 Je suis obligé de continuer cette guerre au nom de ces millions d’hommes non pas seulement de mon propre pays qui se sont libérés de l’oppression capitaliste qui les pillait impitoyablement et qui ne sont pas disposés à devenir pour toujours les victimes d’une organisation internationale de pillage, ni à tolérer la destruction définitive de leur nationalité.

« Le peuple allemand n’a aucune haine contre le peuple français » »

4 Le peuple allemand, au nom duquel, Monsieur le Maréchal, je vous fais cette déclaration, n’a aucune haine contre le peuple français. Mais, en tant que Führer et représentant de ce peuple, je suis décidé à ne livrer sous aucun prétexte l’Allemagne, donc l’Europe entière, au chaos en tolérant les agissements des éléments qui ont provoqué cette guerre effroyable. Je prendrai donc position contre toute organisation, et surtout contre toute» ces personne» qui veulent empêcher, même pour l’avenir, une collaboration entre les peuples français et allemand. Contre ces mêmes personnes auxquelles incombe déjà la responsabilité sanglante de la déclaration de guerre et qui paraissent croire que leur heure est venue d’ouvrir, dans le sud dès l’Europe, une porte aux incursions de puissances extracontinentales ;

5 Apres avoir eu connaissance des nouveaux manquements à la parole d’honneur dont se sont rendus coupables des officiers, des généraux et des amiraux français et de leur intention de livrer la France, comme ils l’ont fait pour l’Afrique du Nord, aux fauteurs de guerre judéo-anglais, j’ai donné l’ordre d’occuper immédiatement Toulon, d’empêcher le départ des bateaux ou de les détruire et de briser radicalement toute résistance, si c’est nécessaire. Il ne s’agit pas là d’un acte d’hostilité contre les officiers et soldats français qui ont le sens de l’honneur militaire, mais contre ces criminels pour lesquels il n’y a pas encore assez de sang répandu et qui cherchent à faire durer et à aggraver cette catastrophe. J’ai donc donné l’ordre de démobiliser toutes les unités de l’armée française qui, contre l’ordre des propres autorités françaises, sont excitées par des officiers à une résistance active contre l’Allemagne ;

6° Ces mesures, auxquelles m’oblige l’attitude déloyale de vos amiraux et généraux, ne sont pas dirigées, comme j’ai déjà dit, contre la France ou le soldat français en soi. J’ai le plus ferme espoir — et je sais que mon alliée partage le même avis — qu’il doit être possible de redonner à l’État français une armée dont les officiers, seront assez obéissants envers leur chef pour offrir les garanties nécessaires à l’exécution de tous accords et conventions conclus par leur pays. Une armée qui vous soit aveuglément dévouée, monsieur le Maréchal » » Si douloureux que cela puisse être pour vous en ce moment, monsieur le Maréchal, vous concevez aisément que l’on ne saurait Imaginer un Etat viable sans une armée disciplinée et obéissante et que, par conséquent, la reconstitution d’une marine, d’une armée et d’une -aviation qui vous soient aveuglément dévouées, monsieur le Maréchal, ne sera pas un mal, mais au contraire un bien pour la France. » Je ne voudrais pas terminer cette lettre sans vous assurer à nouveau que cette mesure, qui m’a été imposée, ne diminue en rien ma volonté de collaboration avec la France, mais constitue pratiquement l’une des conditions de sa réalisation. » JE SUIS, D’AUTRE PART, FERMEMENT RESOLU A AIDER LA FRANCE A RENTRER EN POSSESSION DES DOMAINES COLONIAUX QUI, EN DEPIT DE TOUTES LES ALLEGATIONS CONTRAIRES, LUI ONT ETE VOLES PAR LES ANGLO-SAXONS, et à l’aider en usant de tous les moyens dont dispose le Reich. L’ALLEMAGNE NI L’ITALIE N’AVAIENT L’INTENTION D’ANEANTIR L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS. Il appartient aux autorités françaises d’accepter les mesures indispensables qui ont été prises par l’Allemagne de façon qu’il n’y ait pas de nouvelle effusion de sang et de créer au’ contraire les conditions nécessaires à une collaboration réellement féconde, au plus grand profit des parties intéressées. » Le maréchal von Runstedt est, en ce qui concerne l’action allemande, qualifié pour prendre toutes les décisions nécessaires et se tiendra en tout temps à votre disposition, monsieur le Maréchal. » Je termine cette lettre avec l’espoir qu’une collaboration sera ainsi inaugurée. NOUS N’ATTENDONS DE LA PART DE LA FRANCE RIEN D’AUTRE QU’UNE ATTITUDE LOYALE ET UNE JUSTE COMPREHENSION DES DESTINS DE L’EUROPE. Veuillez agréer, monsieur le Maréchal, l’assurance de mon hommage personnel. » Adolf HITLER. »

-L’école des mécaniciens de Saint-Mandrier est dissoute. Les bâtiments sont occupés par les marins allemands. Les élèves en instruction sont renvoyés chez eux. L’encadrement se replie sur la villa « Jeanne d’Arc » à Toulon (ex-Foyer du marin catholique). Une partie part en congé d’armistice .

-Une partie de l’école Martini fut occupée par la soldatesque nazie. Le cœur serré, l’âme meurtrie, les élèves et les maîtres voyaient évoluer les monstres d’acier dont les lourdes chenilles imprimaient leurs cannelures dans le sol de la cour. Ils frémissaient à l’appel des sons gutturaux dont les murs de l’école retentissaient et à l’apparition des uniformes « vert-de-gris » et des brassards à croix gammée

-Sur fond de sabordage de la flotte de Toulon (novembre 1942), les manifestations patriotiques qui suivent aiguisent chez les Varois un sentiment virulent de révolte. Des réseaux de résistance se multiplient et se structurent dans toute la région. La Résistance mandréenne, déjà active depuis quelques mois, renforce son déploiement sous l’impulsion d’Henri Lecrès (dit « Blondin »), chef départemental. Marc Baron devient chef de district. À leurs côtés, des hommes et des femmes prêts à tout pour chasser l’occupant. Citons l’admirable Yvonne Baron, digne femme de son mari – Eugène Gourrand, qui subtilisera des photographies aériennes importantes pour le compte des Alliés -Michel Coppola, dessinateur à la B.A.N., qui dressera avec précision des plans de l’artillerie ennemie – le dénommé Pierre Ossemond qui, déporté, y laissera la vie – Monsieur Beaudouard et ses deux fils : Guy et Jack, sans oublier André Barbesant, Gaby Esmat, Hélène Lupi, Joanny Champanay, Antonin Infusini (dit « Aqua ») et bien d’autres. Marc Baron est déporté à Buchenwald. Il reviendra dans son pays à la fin de la guerre très diminué physiquement. La Résistance locale va s’organiser et elle fournira un travail important. Dès la signature du traité de l’Armistice, les habitants de Saint-Mandrier dans un élan spontané se sont révélés farouchement résistants. M. Louis Clément premier maire de notre commune citera plus tard les différents exploits de ses administrés. « Il était aisé aux futurs chefs d’organiser la Résistance. C’est sous l’impulsion de Lecres dit « Blondin » chef départemental que Remay prend la direction de l’A.S. de Saint-Mandrier. C’est Marc Baron qui devient Chef de District, c’est Yvonne Baron son adjoint, c’est Beaudouard et ses fils Guy et Jack, c’est Hélène Lupi, c’est Ossemond qui a payé de sa vie, c’est Michel Coppola, c’est Champanay et bien d’autres encore… c’est «Aqua ». « Aqua » c’est l’inconnu jusqu’à ce jour, car c’est un modeste pêcheur qui toutes les nuits, au péril des vie, guette les sorties des bateaux du port de Toulon. Combien de ces navires ont été coulés par la flotte anglaise grâce aux renseignements donnés par Aqua, renseignements que ses chefs transmettaient à Londres par poste émetteur clandestin. Aqua- c’est un pseudonyme, maïs aujourd’hui malgré sa modestie que l’on me permette de faire connaître son nom : c’est Antonin Infusini . C’est un ensemble de faits qui ont permis à des chefs d’être appelés à de plus hautes fonctions ; Marc Baron devient Secrétaire Général du M.U.R. (Mouvements Unis de la Résistance) de la région MEURPH1S – Yvonne Baron secrétaire adjoint chargée du code – Remay adjoint au colonel Dubois dit «Camille- – Max Juvenal lui était Chef Régional de la Résistance . Novembre 1942 : les Allemands envahissent la zone libre, puis occupent Toulon. La Résistance mandréenne, déjà active depuis quelques mois, renforce son déploiement sous l’impulsion d’Henri Lecrès (dit « Blondin »), chef départemental. Marc Baron devient chef de district. À leurs côtés, des hommes et des femmes prêts à tout pour chasser l’occupant. Citons l’admirable Yvonne Baron, digne femme de son mari – Eugène Gourrand, qui subtilisera des photographies aériennes importantes pour le compte des Alliés -Michel Coppola, dessinateur à la B.A.N., qui dressera avec précision des plans de l’artillerie ennemie – le dénommé Pierre Ossemond qui, déporté, y laissera la vie – Monsieur Beaudouard et ses deux fils : Guy et Jack, sans oublier André Barbesant, Gaby Esmat, Hélène Lupi, Joanny Champanay, Antonin Infusini (dit « Aqua ») et bien d’autres. On se remémore l’émouvante manifestation du 14 juillet 1942 organisée par Marc Baron et Roger Remay. Plus de deux cents personnes, arborant des cocardes tricolores confectionnées avec les moyens du bord, se massent devant la mairie vers dix-huit heures trente. Tous entonnent une vibrante Marseillaise venue du « fond des tripes ». Puis, la foule, de plus en plus compacte, se dirige vers le monument aux morts tout proche aux cris de « Vive la République, vive la France ». Deux mois après, en septembre, pour l’anniversaire de la victoire française de Valmy sur les Prussiens (1792), les autorités vichyssoises craignent de nouveaux désordres dans le village. Prenant les devants, elles décident l’arrestation de Marc Baron au nom de la « sécurité publique ». Sur fond de sabordage de la flotte de Toulon (novembre 1942), les manifestations patriotiques qui suivent aiguisent chez les Varois un sentiment virulent de révolte. Des réseaux de résistance se multiplient et se structurent dans toute la région. Marc Baron est déporté à Buchenwald. Il reviendra dans son pays à la fin de la guerre très diminué physiquement .

-La démobilisation de l’armée française – Le ministère de l’Information communique : « Les mesures de démobilisation de l’armée française annoncées par le chancelier Hitler, dans sa lettre au Maréchal de France, Chef de l’Etat mesures dont l’exécution avait commencé au cours de la nuit, se pour, suivent sans incident. » Le gouvernement invite la population à observer le plus grand calme. » Vichy, 27 novembre. — Les événements au Conseil des Ministres – Les secrétaires d’Etat à la Guerre, à la Marine et à l’Aviation rendent compte des opérations de démobilisations : Le conseil des ministres s’est réuni vendredi. M. Laval, pour la première fois depuis l’élargissement de ses pleins pouvoirs par le Chef de l’Etat, en assumait la présidence. Le chef, du gouvernement a donné lecture de la lettre adressée par le chancelier Hitler au maréchal Pétain et de celle qu’il a reçue lui-même de M. von Ribbentrop. En même temps, il a donné connaissance de la lettre qu’il avait adressée le 22 novembre, au chancelier Hitler. Les secrétaires d’Etat à la guerre, à la marine et l’air ont fait un rapport sur les conditions dans lesquelles ont été commencées, dans le courant de la matinée, les opérations de démobilisation. M. Brévié, secrétaire d’Etat aux colonies, a précisé les circonstances dans lesquelles le gouverneur général Boisson, en contradiction avec les ordres du Maréchal, avait accepté de se ranger aux côtés des dissidents nord-africains. Après avoir entendu un rapport de M. Barthélemy, garde des sceaux, le conseil a décidé, comme première mesure, de déclarer déchus de la nationalité française l’amiral Darlan et le général Giraud .

– A 07 h 30, à La Seyne, les ouvriers des chantiers sont rentrés. Ils se rassemblent devant la darse face à la direction, à droite de la porte principale. Ils commentent les nouvelles. Devant nous, les marins sont tous sur la plate-forme avant du contre-torpilleur ; certains d’entre eux s’affairent plus que d’autres ; protégés par leurs camarades, ils ouvrent les dernières vannes le navire donne déjà de la bande(Louis Puccini, La Seyne et la Résistance).

– A La Seyne, ce n’est cependant que vers 8 heures que les Allemands – qui avaient foncé directement sur Saint-Mandrier en pleine nuit – occupent La Seyne en force. Aux chantiers, les bureaux et les ateliers avaient été ouverts comme chaque jour et chacun était à son travail lorsque le directeur, M. Larzillêre, était venu donner l’ordre d’évacuer, invitant chacun à regagner son domicile à pied, cette fois, tous les services de transports étaient arrêtés, à commencer par l’Alcyon… Il était exactement 8 heures. – Au moment où je franchissais la porte principale des chantiers, relate M. Steinmetz, un lieutenant allemand descendait d’une auto et criait à des soldats qui venaient de sauter d’un des nombreux tanks qui arrivaient place Noêl-Verlaque : « Vite, entrez là, prenez possession des bateaux, faites évacuer les maisons et ouvrez le feu à la moindre résistance. » (Noguères H).

Tout à coup, les hurlements des premiers soldats allemands qui viennent de passer la porte nous prennent tous au dépourvu et nous glacent. Aux cris, aux ordres lancés, succèdent bientôt les rafales de mitraillettes en direction de nos marins. Trop tard, le navire est déjà enfoncé dans l’eau jusqu’à la moitié de la coque. L’équipage, officiers en tête, abandonne le bateau. Il s’avance vers la porte principale, groupé, discipliné, fier de son devoir accompli mais aussi un peu triste d’avoir eu à accomplir cette dernière mission : le sabordage, l’abandon du navire (Louis Puccini, La Seyne et la Résistance).

Deux torpilleurs sont retrouvés ainsi à flot par les Allemands, mais seulement à 20% d’achèvement pour l’un, et à 15% pour le second, l’Intrépide (Marc Saibène, Toulon et la marine, 1942-1944. Coque retrouvé à La Seyne à la Libération. Perdu en cours de remorquage en 1946).

Noguères H. : IG Le Floch : « Vers 8 heures et demie, le chef du détachement allemand qui occupait l’école des apprentis me demanda la livraison des armes et munitions en me signalant que les officiers pouvaient garder leur revolver. Une perquisition très sérieuse de tous les locaux fut ensuite entreprise par des patrouilles allemandes pour vérifier qu’aucune arme n’était cachée. Le même général – qui paraît relativement accommodant – recevra, quelques minutes après l’ingénieur général Le Floch, le commandant Clarin, et ce dernier lui expliquera, à peu près dans les mêmes termes, qu’il dirige sur l’Océan une école « civile de mousses. Nous avons été sur le point d’ouvrir le feu sur vous, lui répond le général, qui lui notifie ses ordres : tout le personnel militaire – instructeurs, officiers et marins -doit être débarqué et conduit, avec le commandant, au fort Napoléon, à Tamaris. Mais le commandant Clarin fait valoir que les mousses ne peuvent pas « sans dommage pour le bon ordre être abandonnés à eux-mêmes ». L’argument est de ceux aux­quels un général allemand ne saurait rester insensible… Le commandant de l’Océan est donc finalement autorisé à regagner son bord où il restera, avec tout son équipage, jusqu’à nouvel ordre. C’est mieux ainsi, non seulement pour le commandant Clarin et ses mousses, mais aussi pour ceux qui sont déjà rassemblés au fort Napoléon ou qui vont y arriver : en effet, tout le personnel de la base aéronavale de Saint-Mandrier, les marins des bataillons du front de mer, les servants des batteries de côte sont dirigés, au fur et à mesure – sans bagage ni sac – sur cette vieille bâtisse qui ne comporte aucun casernement utilisable et où il n’y a pas le moindre stock de nourriture. Il y aura ainsi, dès les premières heures de la matinée, au fort Napoléon, 2 800 bommes et 80 officiers de toutes provenances (Noguères H). L’ennemi n’avait pu s’emparer de la flotte française, mais les stocks de poudre de Milhaud étaient tombés entre ses mains, ainsi que des outillages, sans nombre, des machines de précision dont la valeur ne pouvait échapper aux ingénieurs allemands. L’arsenal du Mourillon était demeuré intact ainsi que la station sous-marine et l’arsenal des torpilles de Missiessy. Les stocks de vivre en possession de l’ennemi pouvaient assurer l’alimentation de 50 000 hommes pendant deux ans. À Saint-Mandrier, tout avait été prévu pour faire sauter la station de pompage des bassins de radoub, mais les ordres n’étaient pas venus. Aussi, les Allemands, très intéressés, pensèrent à tirer le meilleur parti de cette structure. Face à l’arsenal, les chantiers de construction navale de La Seyne étaient à même de travailler pour eux. Des officiers de la Kriegmarine ne tardèrent pas à contrôler de près leurs activités (Marius Autran, tome 2, 1988).

Les événements, à Saint-Mandrier, sont ainsi relatés par le contre-amiral Milot :  » Bientôt des pas précipités dans les couloirs : les Allemands sont là ! (Ils sont passés par la porte Est, venant d’occuper les batteries de Cépet qui ont été dynamitées). Effectivement la base est occupée par des chars SS. En rassemblant les hommes sur le terre-plein, les officiers, séparés, sont réunis dans une pièce du bâtiment de commandement, et nous voyons pour la première fois des soldats allemands, vêtus de noir, et armés jusqu’aux dents. Et nous étions au revolver Mle q2 … Ici, un incident qui aurait pu être tragique : de la Mitre, les mitrailleuses françaises 13,2 nous tirent dessus, ne distinguant pas dans la nuit les amis des ennemis. Tout le monde à plat ventre pendant que l’ OE Beziaud combat un début d’incendie dans le hangar à ballons. Les Allemands sont furieux en voyant l’escadre se saborder. Ils nous insultent et on entend souvent …Darlan…Pétain… On nous embarque dans des camions et nous nous retrouvons au fort Napoléon. Le jour se lève sur une vision d’apocalypse. Explosions, incendies, épaisse fumée noire qui couvre la rade et la ville, et cela durera plusieurs jours. Nous ne savons pas quel sera notre sort. Dans le fort, il n’y a ni lumière, ni couchage, ni ravitaillement. Au bout de deux jours nous revenons à Saint-Mandrier pour découvrir la base pillée. Les choses peu à peu s’organisent et on met en place des équipes de gardiennage dans tous les établissements de le Marine. Nous sommes installés sur l’Océan (près du GEM) car il n’était pas possible de rentrer à la base avec tout le personnel pour effectuer la mise en congé d’Armistice. L’Océan était l’ancien cuirassé Jean-Bart de la série Paris, Jean Bart, France, Courbet. Il était amarré devant l’école des mécaniciens et servait de caserne. Je suis nommé directeur de la BAN Désarmée de Saint-Mandrier, chargé de l’administration. le personnel ouvrier est maintenu, ainsi qu’un effectif réduit. Nous quittons l’uniforme pour la célèbre tenue Corozo qui devait son nom au remplacement des boutons d’uniforme par des boutons en corozo. J’ai comme adjoint l’OE Beziaud. Nous reprenons pied dans la base et commençons à remettre de l’ordre. Les Allemands partent et les Italiens les remplacent. Nous voyons arriver l’infanterie alpine. Quel contraste ! Après les SS, troupes d’élite, officiers pleins de morgue, voici les Italiens, minables, arrivant à pied de Savone dans un état lamentable : mal vêtus, mal équipés, affamés, épuisés. Pourparlers avec le colonel à qui je fais remarquer que leurs chers alliés ont emporté vivres et couvertures et ont même jeté à la mer le ravitaillement dont ils ne voulaient plus pour ne pas le leur laisser ! Les soldats italiens volent tout ce qu’ils peuvent trouver. On les surprend à découper un ballon pour récupérer le caoutchouc et je me plains au colonel de leur comportement. Quelques semaines se passent : changement d’occupant. L’armée de l’air italienne s’installe à la base. Peu à peu arrivent des appareils à coque, semblables à nos CAMS, à faible rayon d’action, et, ensuite, des bimoteurs d’exploration sur flotteurs. Bien entendu, il n’était pas question d’effectuer le moindre travail pour les occupants, ce qui n’allait pas sans quelques difficultés. Nous ne couchions pas à la base et faisions chaque jour le trajet entre Toulon et Saint-Mandrier. La 171e section de l’armée de l’air italienne s’est installée sur la base avec 6 CANT Z 506 B, hydravions bimoteurs remarquables, destinés initialement au bombardement et utilisés, en fait, dans un rôle plus pacifique, celui du sauvetage. Sa devise, latine bien sûr, est Amor addidit ». « Comme il est d’usage dans l’armée de l’air italienne dès qu’elle est maritime, quelques officiers de marine font partie de l’Etat-major, généralement en tant que navigateurs. C’est ainsi qu’il y eut à Saint-Mandrier quelques marins italiens. Les pupilles ont quitté la base un peu avant les événements de novembre. Ils se sont repliés dans les terres.

– Vers 08h 30 (IG Le Floch) « le chef du détachement allemand qui occupait l’école me demanda la livraison des armes et munitions en me signalant que les officiers pou­vaient garder leur revolver. Une perquisition très sérieuse de tous les locaux fut ensuite entreprise par des patrouilles allemandes pour vérifier qu’aucune arme n’était cachée. Le même général – qui paraît relativement accommodant – recevra, quelques minutes après l’ingénieur général Le Floch, le commandant Clarin, et ce dernier lui expliquera, à peu près dans les mêmes termes, qu’il dirige sur l’Océan une école « civile de mousses. Nous avons été sur le point d’ouvrir le feu sur vous, lui répond le général, qui lui notifie ses ordres : tout le personnel militaire – instructeurs, officiers et marins -doit être débarqué et conduit, avec le commandant, au fort Napoléon situé à Tamaris. Mais le commandant Clarin fait valoir que les mousses ne peuvent pas « sans dommage pour le bon ordre être abandonnés à eux-mêmes ». L’argument est de ceux auxquels un général allemand ne saurait rester insensible… Le commandant de l’Océan est donc finalement autorisé à regagner son bord où il restera, avec tout son équipage, jusqu’à nouvel ordre. C’est mieux ainsi, non seulement pour le commandant Clarin et ses mousses, mais aussi pour ceux qui sont déjà rassemblés au fort Napoléon ou qui vont y arriver : en effet, tout le personnel de la base aéronavale de Saint-Mandrier, les marins des bataillons du front de mer, les servants des batteries de côte sont dirigés, au fur et à mesure – sans bagage ni sac – sur cette vieille bâtisse qui ne comporte aucun casernement utilisable et où il n’y a pas le moindre stock de nourriture. Il y aura ainsi, dès les premières heures de la matinée, au fort Napoléon, 2800 bommes et 80 officiers de toutes provenances (Noguères H.).

Dans la matinée, des marins s’échappent et errent dans les environs de Toulon : Pendant une semaine et plus, les matelots, fuyant la captivité, errent dans les environs de Toulon. Accoutrés de vêtements civils (…), ils sortent des bois entre chien et loup, (…) et frappent aux volets. Bien entendu on les réconforte (…), on complète leur sommaire garde-robe, on les loge en des lieux discrets et ne les laisse aller que pourvus d’un viatique. Tous possèdent des papiers d’état-civil camouflés (…) Pour les lieux de naissance, les commissaires de police ont montré plus d’imagination encore. Je n’ai retenu que ce détail : né le 17 janvier 1922 à Fauxpas-Tenfer, Calvados. (…) Beaucoup sont Alsaciens ou Lorrains. Ce ne sont pas les moins résolus. (…) « Je me réveille, je trotte à une fenêtre, j’entends : Achtung ! Comme je vais crier, la porte de la chambrée s’ouvre ( …), (…) Nos pétoires au râtelier dans le corridor. En chemise contre des mitraillettes ! On était poussé dans la cour, pas doucement. Les trois-quarts, on s’est défilé par les portes qu’on savait. Vivement des connaissances où on s’est frusqué, genre carnaval… Alors nous v’là ! ». Cet autre, Alsacien, (…) il se trouve que je connais son maire (…) : « On reviendra ! Malheureusement pas pour demain. » Et voici sorti d’un boqueteau d’eucalyptus un matelot du Dunkerque … il conte son aventure : « ça n’a pas duré dix minutes (…) Contre les murs de l’arsenal, des échelles partout. Et tac tac tac sur les quais … V’là dix jours qu’on aurait dû filer vers le large. Pas d’ordre ! on moisit à l’ancre, bêtement … Le sang nous bouillait … Les Fritz sur nos bateaux ? Hein ? Ils n’nous ont pas regardés. En cinq sec tout le monde sur l’pont. Panneaux ouverts ! La gueule des Fritz ! Ils en râlaient ! (…) Tout brûle, tout saute ! Malheureux de finir comm’ça ! L’Dunkerque, l’plus beau bateau du monde ! Un bateau, son bateau, ça s’aime comme une maison, mieux, comme une femme. Et le v’là mort sans combattre, mon Dunkerque ! Nous les gas on n’y comprend rien. Ah ! nom de Dieu ! ». Enfin, à l’aube, un dernier rescapé se faufile dans un bois de pins (…) Là-bas, de noires colonnes de mazout en feu dressent encore dans le ciel leurs arbres funèbres ; sourdes explosions (…) Une patrouille allemande secoue ma porte (…) – Si marin, vous mort (…) Le dernier est parti il y a dix minutes.

Anonyme : Un matelot entre dans la buvette et offre au patron sa vareuse en échange d’une veste bleue de travail usagée moi-même je lui donne mon peigne et Henri lui donne de l’argent. Le trolley arrive surchargé de voyageurs on comprend à les voir qu’il y a pas mal de matelots échappées de Toulon habillés avec de fringues civiles trop grandes ou trop petites. Des Allemands montent dans le trolley, on avait tous peur, mais ils ne demandent pas les papiers. Enfin on arrive à Aubagne, il faut attendre le tramway pour Marseille. Le matelot à qui j’ai donné mon peigne est toujours avec moi, à la sortie de la gare Noailles, barrage de police et de fridolins, les vaches s’entendaient toujours bien ensemble. Je donne ma scie à bois au matelot, habillé avec la veste bleue de travail, il est bien déguisé en ouvrier, nous avons réussi à passer. Arrivé sur la Canebière, il était complètement paumé, il voulait se déplacer jusqu’à Aix où il avait de la famille. Je lui explique qu’il fallait encore prendre un tram, Place du change et bonne chance. Et me voici encore reparti pour prendre le mien de tram, direction Château-Gombert. J’arrive le soir vers 8h1/2,mes parents se faisaient du souci de ne pas me voir à l’heure habituelle, car ils n’étaient pas au courant des événements de Toulon à cette époque nous n’avons pas encore de poste de radio (Valloton B., 1945, p. 27 et suiv. ; témoignage anonyme recueilli sur le site « darkmoodblog / guerre / compagnons / page10 ».).

– Le 27 au soir, grâce à la complicité des pêcheurs, l’équipage du remorqueur Dardennes peut quitter son bateau après l’avoir sabordé (Gisèle Argensse, 1989 ; p. 215).

Un bilan très lourd.

Au total, le bilan du sabordage était le suivant : trois cuirassés coulés, non comptés les deux cuirassé hors d’âge Océan et Condorcet, sept croiseurs, un transport d’avions, quinze contre-torpilleurs, treize torpilleurs, six avisos, douze sous-marins, onze chasseurs, patrouilleurs, mouilleurs de filets, transports pétroliers, dix-neuf bâtiments de servitude, vingt-huit remorqueurs, quatre grues et docks de levage ; au total quatre-vingt-dix bâtiments de combat, soit 232.263 à 235.028 tonnes selon les auteurs. Pouvaient être considérés comme butin de guerre des agresseurs : trois contre-torpilleurs, deux torpilleurs, quatre sous-marins, douze patrouilleurs, trois pétroliers, six dragueurs, cinq navires auxiliaires et quelques bâtiments de servitude. On dénombra douze morts et vingt-six blessés légers sur les 26.700 hommes de l’effectif « marine » de Toulon. Côté allemand : un tué et deux blessés.

              C’est dans la journée du 27 novembre, donc au cours de l’opération Lila (invasion du camp retranché de Toulon et capture de la flotte française par les Allemands), que le Maréchal Pétain, chef de l’Etat français reçoit la lettre partie de Berlin le jour même (Berlin, 27 novembre) mais rédigée par Hitler la veille. Nous ne la citerons pas, nous renvoyons le lecteur à la date du 26 novembre où le document a été donné dans son intégralité.

              Voici comment, le 28 septembre au matin, la population du Nord de la France est informée des événements de la veille (article de Roland Tulliez paru à la Une du journal avec de grands titres) : « Occupation du port de Toulon – Démobilisation de l’armée française – Darlan et Giraud déchus de la nationalité française – Une partie de notre flotte s’est sabordée. L’amiral commandant la flotte de Toulon a violé la parole donnée : quartier général du fuhrer, 27 novembre. — Le haut commandement des forces armées allemandes communique : Après l’agression américano-britannique contre le territoire colonial fran­çais, les troupes allemandes et italiennes sont entrées dans la partie de la France qui n’avait pas encore été occupée jusqu’alors, afin de la protéger avec la collaboration des forces armées françaises contre d’autres attaques des agresseurs américains et britanniques. Les chefs français des armées d? terre et de la flotte s’étant engagés eur l’honneur à collaborer avec leurs formations dans le cadre complet de la défense de la France, le Führer avait décidé non seulement de laisser les forces armées françaises intactes, mais encore de les renforcer et de les rééquiper et de laisser à leur soin la défense du secteur particulièrement important de Toulon avec la flotte de la Méditerranée qui s’y trouve. Depuis ce temps, les manquements à l’honneur et les tentatives de fuite de la part d’officiers français supérieurs se sont multipliés. Il devint évident, d’autre part, que la loyauté de l’année française disposée à la collaboration était minée systématiquement par des influences anglo-saxonnes toujours plus fortes et qui trouvèrent audience ces jours derniers, même dans la flotte de Toulon. Conscients que cette scission politique au sein des forces armées fran­çaises menaçait dans une mesure croissante la sécurité des troupes d’occu­pation germano-italiennes et minait l’autorité du gouvernement français, le Fuhrer et le Duce ont donné la nuit dernière l’ordre d’Occuper la place de Toulon, d’empêcher la flotte française de la Méditerranée de réaliser son projet de prendre la mer et de démobiliser les contingents contaminés des forces françaises. Les troupes allemandes et italiennes ont exécuté cet ordre avec la rapidité de l’éclair, étouffé dans l’œuf la résistance opposée en quelques endroits par des éléments aveuglés par la propagande anglo-saxonne et accompli en peu d’heures la mission qui leur avait été assignée. Aux premières heures du jour, la ville et le port de Toulon étalent fermement aux mains de nos troupes. Une partie de la flotte française s’est sabordée malgré le contre-ordre du gouvernement français. La démobilisation des unités françaises désagrégées est en cours et sera terminée à bref délai. » « Vichy, 27 novembre.— On apprend que, sur l’ordre du Fûhrer, la nuit dernière, le port de Toulon a été occupé. Cette mesure a été prise afin d’éviter des actes de trahison de la part de certains éléments gaullistes qui, malgré toutes les assurances qui avaient été données, avaient préparé en secret et devaient être exécutés sous peu. On apprend encore que le Führer a signifié sa décision au Maréchal Pétain par un écrit qu’il lui a adressé. » « Malgré sa défaite, la France puisait encore, il y a un mois à peine, des motifs de fierté et d’espoir dans l’existence de son empire colonial à peu près intact et de sa flotte, aux traditions glorieuses. Rien de tout cela n’existe plus aujourd’hui. Notre empire se trouve aux mains des Anglo-Saxons et c’est folie de penser qu’ils nous le rendront de bonne grâce; notre territoire métropolitain est entièrement couvert par les armées de l’Axe et notre flotte n’existe plus. Nous récoltons les fruits amers d’une politique indécise et contradictoire suivie depuis plus de deux ans. Nous avions été incapables de faire et de continuer la guerre, nous avons été tout aussi incapables d’accomplir spontanément les sacrifices nécessaires pour nous relever de la défaite. Jamais dans les siècles passés notre situation n’avait été, à la fois, aussi tragique, aussi lamentable, aussi humiliante. Le tribunal de l’Histoire nous jugera sans indul­gence, et l’on cherche vainement les arguments que nous pourrons invoquer pour notre défense. Dans la longue lettre qu’il vient d’adresser au Maréchal, le Fûhrer a minutieusement exposé le point de vue allemand. « Il est établi, a-t-il dit, qu’en donnant l’assurance que la marine française défendrait Toulon contre toute attaque ennemie, on a trompé l’Allemagne et l’Italie une lois de plus. Nous ignorons encore la nature des documents que M. Hitler a jointes à sa missive. Il faut souhaiter que de prochaines précisions éclairent mieux l’opinion sur les projets que préparaient certains officiers supérieurs des armées de terre et de mer. Il semble que, depuis plusieurs jours et en dépit de la résistance d’éléments demeurés fidèles à la parole donnée bon nombre d’équipages de la flotte de la Méditerranée préparaient leur départ en dissidence. Sur la côte d’Azur, on s’attendait à tout moment à la fuite du « Strasbourg », du « Dunkerque» et des unités de leur escorte; on parlait même sérieusement d’une attaque anglo-saxonne, avec la complicité de marins et de soldats français. C’est pour parer à de telles menaces qu’a eu lieu vendredi matin l’opération brusquée des forces germano-italiennes. En ces heures de deuil et de désarroi, nous voulons conserver une lueur d’espoir. Malgré ses défaillances et l’étendue de ses malheurs, la France demeure immortelle. Le patriotisme et l’héroïsme de ses enfants lui permettront de retrouver dans l’avenir la place et le prestige auxquels elle a droit. L’Europe nouvelle se déclare prête à l’y aider, pourvu que nous fassions preuve de loyauté et de compréhension. Le temps n’est plus aux doubles jeux et aux finasseries. Il nous faut adopter une position nette, faire connaître clairement la politique que nous entendons suivre, et nous y conformer une fois pour toutes avec discipline. Les plus hautes formes de la diplomatie réside toujours dans la franchise » (Journal de Roubaix, samedi 28 novembre 1942.)

Paris-Soir du 1er décembre 1942 rapportera : « Le calme règne à Toulon. TOULON, 30 Novembre. A la fin de la journée de vendredi, le sous-préfet, et le maire de Toulon, avaient adres­sé à ta population un appel au calme. « En présence, disaient-ils, de» événements qui viennent de se dé­rouler à Toulon, il importe plus que jamais que la population conserve son /«âne-froid et un calma absolu, la discipline la plus stricte, la correc­tion de tous, ainsi que le plus grand respect des consignes de la défense passive. Quand  samedi  matin le  jour  se leva, la rade offrait encore un spec­tacle impressionnant ; on apercevait les flammes s’échappant des navires incendiés. Dans l’arsenal, après les quelques incidents de la veille que la rumeur populaire avait singulièrement amplifiés, ce fut le calme absolu. Lestramways roulèrent comme de coutume. Après quelques heures passées au fort Lamalgue où il avait établi son poste de commandement, l’amiral Marquis, préfet maritime, avait été autorisé à regagner l’hôtel de la préfecture maritime. C’est là  qu’il reçut, de longues heures durant, les amiraux, ses collaborateurs, les commandants des navires sabordés et tous les officier qui tenaient à lui donner des détails des faits qui s’étaient déroulés à leur bord. (…) Une mise au point concernant l’occupation du port de Toulon (s’ensuivit) Des informations précises parvenues dans la journée d’hier et contrôlées par les autorités françaises locales ont rétabli les faits. Il y a eu, le 27 novembre, dans l’enceinte fortifiée de Toulon, deux morts et vingt-sept blessés. On signale que trois contre-torpilleurs qui étaient dans un bassin spécial sont intacts. Toulon. 30 novembre : Deux des vingt-sept blessés du 27 novembre ont succombé, ce qui porte à six le nombre de morts. La liste en sera rendue publique dès que les familles auront été avisées. »

-1942 – après le 27 novembre : Armée – Guerre – Industrie – International –Le patrouilleur à roues Guêpe de 1913, ex britannique Loyd, trouvé intact à Toulon, est remis à l’Allemagne et modifié par les Forges et Chantiers de la Méditerranée de La Seyne. A la fin des travaux, il sera incorporé dans la Kriegsmarine sous le n° M 6061.– L’ex-dreadnought Jean Bart devenu Océan est saisi intact par les Allemands à Saint-Mandrier Et non, comme l’écrit Galuppini G., 1981, p. 189 : « novembre 1942, il se saborda à Toulon et à la fin de la guerre fut rayé et démoli ».[1]. L’escadrille 9E est saisie par les Allemands et transférée à la Luftwaffe qui en répartit les 8 appareils entre Lorient et Saint-Mandrier. L’aviso Nancy, dépourvu de toute valeur militaire, n’a pas été pas sabordé. Le bâtiment est trouvé intact à Saint-Mandrier. Faute d’entretien après le 27 novembre 1942, l’aviso s’est enfoncé à causes de diverses entrées d’eau.

-1942 – après le 27 novembre : Armée – Au lendemain du sabordage de la flotte, l’école des Pupilles de la Marine, implantée à Saint-Mandrier est transférée à Cahors à la caserne Bessière (amicale pupilles mousses). Après le 27 novembre 1942 et le sabordage, l’école des mécaniciens fut dissoute. Un noyau de permanents resta en place. Les apprentis mécaniciens furent envoyés dans des écoles civiles dans les diverses régions de France. Les Allemands prirent possession de la base aérienne. Les quelques marins français restant sur la presqu’île s’installèrent sur l’Océan, l’ancien cuirassé Jean-Bart : il était amarré devant l’école des mécaniciens et servait de caserne.

1942 – après le 27 novembre : Armée – En novembre 1942, lors de l’occupation du sud de la France et du sabordage de la Flotte à Toulon, l’école des mécaniciens de Saint-Mandrier est dissoute. Les bâtiments sont occupés par les marins allemands. Les élèves en instruction sont renvoyés chez eux. L’encadrement se replie sur la villa « Jeanne d’Arc » à Toulon (ex-Foyer du marin catholique). Une partie part en congé d’armistice.

1942 – après le 27 novembre : Armée –Enseignement – Guerre – International – Population – Une partie de l’école Martini fut occupée par la soldatesque nazie. Le cœur serré, l’âme meurtrie, les élèves et les maîtres voyaient évoluer les monstres d’acier dont les lourdes chenilles imprimaient leurs cannelures dans le sol de la cour. Ils frémissaient à l’appel des sons gutturaux dont les murs de l’école retentissaient et à l’apparition des uniformes « vert-de-gris » et des brassards à croix gammée (Marius Autran, tome 3, 1990)

1942 – après le 27 novembre : Armée – Guerre – International – Population – Sur fond de sabordage de la flotte de Toulon (novembre 1942), les manifestations patriotiques qui suivent aiguisent chez les Varois un sentiment virulent de révolte. Des réseaux de résistance se multiplient et se structurent dans toute la région. La Résistance mandréenne, déjà active depuis quelques mois, renforce son déploiement sous l’impulsion d’Henri Lecrès (dit « Blondin »), chef départemental. Marc Baron devient chef de district. À leurs côtés, des hommes et des femmes prêts à tout pour chasser l’occupant. Citons l’admirable Yvonne Baron, digne femme de son mari – Eugène Gourrand, qui subtilisera des photographies aériennes importantes pour le compte des Alliés -Michel Coppola, dessinateur à la B.A.N., qui dressera avec précision des plans de l’artillerie ennemie – le dénommé Pierre Ossemond qui, déporté, y laissera la vie – Monsieur Beaudouard et ses deux fils : Guy et Jack, sans oublier André Barbesant, Gaby Esmat, Hélène Lupi, Joanny Champanay, Antonin Infusini (dit « Aqua ») et bien d’autres. Marc Baron est déporté à Buchenwald. Il reviendra dans son pays à la fin de la guerre très diminué physiquement. La Résistance locale va s’organiser et elle fournira un travail important. Dès la signature du traité de l’Armistice, les habitants de Saint-Mandrier dans un élan spontané se sont révélés farouchement résistants. M. Louis Clément premier maire de notre commune citera plus tard les différents exploits de ses administrés. « Il était aisé aux futurs chefs d’organiser la Résistance. C’est sous l’impulsion de Lecres dit « Blondin » chef départemental que Remay prend la direction de l’A.S. de Saint-Mandrier. C’est Marc Baron qui devient Chef de District, c’est Yvonne Baron son adjoint, c’est Beaudouard et ses fils Guy et Jack, c’est Hélène Lupi, c’est Ossemond qui a payé de sa vie, c’est Michel Coppola, c’est Champanay et bien d’autres encore… c’est «Aqua ». « Aqua » c’est l’inconnu jusqu’à ce jour, car c’est un modeste pêcheur qui toutes les nuits, au péril des vie, guette les sorties des bateaux du port de Toulon. Combien de ces navires ont été coulés par la flotte anglaise grâce aux renseignements donnés par Aqua, renseignements que ses chefs transmettaient à Londres par poste émetteur clandestin. Aqua- c’est un pseudonyme, maïs aujourd’hui malgré sa modestie que l’on me permette de faire connaître son nom : c’est Antonin Infusink (Gisèle Argensse, 1989 ; p. 218). C’est un ensemble de faits qui ont permis à des chefs d’être appelés à de plus hautes fonctions ; Marc Baron devient Secrétaire Général du M.U.R. (Mouvements Unis de la Résistance) de la région MEURPH1S – Yvonne Baron secrétaire adjoint char­gée du code – Remay adjoint au colonel Dubois dit «Camille- – Max Juvenal lui était Chef Régional de la Résistance (Gisèle Argensse, 1989, p. 220). Novembre 1942 : les Allemands envahissent la zone libre, puis occupent Toulon. La Résistance mandréenne, déjà active depuis quelques mois, renforce son déploiement sous l’impulsion d’Henri Lecrès (dit « Blondin »), chef départemental. Marc Baron devient chef de district. À leurs côtés, des hommes et des femmes prêts à tout pour chasser l’occupant. Citons l’admirable Yvonne Baron, digne femme de son mari – Eugène Gourrand, qui subtilisera des photographies aériennes importantes pour le compte des Alliés -Michel Coppola, dessinateur à la B.A.N., qui dressera avec précision des plans de l’artillerie ennemie – le dénommé Pierre Ossemond qui, déporté, y laissera la vie – Monsieur Beaudouard et ses deux fils : Guy et Jack, sans oublier André Barbesant, Gaby Esmat, Hélène Lupi, Joanny Champanay, Antonin Infusini (dit « Aqua ») et bien d’autres. On se remémore l’émouvante manifestation du 14 juillet 1942 organisée par Marc Baron et Roger Remay. Plus de deux cents personnes, arborant des cocardes tricolores confectionnées avec les moyens du bord, se massent devant la mairie vers dix-huit heures trente. Tous entonnent une vibrante Marseillaise venue du « fond des tripes ». Puis, la foule, de plus en plus compacte, se dirige vers le monument aux morts tout proche aux cris de « Vive la République, vive la France ». Deux mois après, en septembre, pour l’anniversaire de la victoire française de Valmy sur les Prussiens (1792), les autorités vichyssoises craignent de nouveaux désordres dans le village. Prenant les devants, elles décident l’arrestation de Marc Baron au nom de la « sécurité publique ». Sur fond de sabordage de la flotte de Toulon (novembre 1942), les manifestations patriotiques qui suivent aiguisent chez les Varois un sentiment virulent de révolte. Des réseaux de résistance se multiplient et se structurent dans toute la région. Marc Baron est déporté à Buchenwald. Il reviendra dans son pays à la fin de la guerre très diminué physiquement (Ken Nicolas, p. 43 et sq.).

1942 – 27 novembre : Vichy, 27 novembre. — La démobilisation de l’armée française Le ministère de l’Information communique : « Les mesures de démobilisation de l’armée française annoncées par le chancelier Hitler, dans sa lettre au Maréchal de France, Chef de l’Etat mesures dont l’exécution avait commencé au cours de la nuit, se pour, suivent sans incident. » Le gouvernement invite la population à observer le plus grand calme. » Vichy, 27 novembre. — Les événements au Conseil des Ministres – Les secrétaires d’Etat à la Guerre, à la Marine et à l’Aviation rendent compte des opérations de démobilisations : Le conseil des ministres s’est réuni vendredi. M. Laval, pour la première fois depuis l’élargissement de ses pleins pouvoirs par le Chef de l’Etat, en assumait la présidence. Le chef, du gouvernement a donné lecture de la lettre adressée par le chancelier Hitler au maréchal Pétain et de celle qu’il a reçue lui-même de M. von Ribbentrop. En même temps, il a donné connaissance de la lettre qu’il avait adressée le 22novembre, au chancelier Hitler. Les secrétaires d’Etat à la guerre, à la marine et l’air ont fait un rapport sur les conditions dans lesquelles ont été commencées, dans le courant de la matinée, les opérations de démobilisation. M. Brévié, secrétaire d’Etat aux colonies, a précisé les circonstances dans lesquelles le gouverneur général Boisson, en contradictions avec les ordres du Maréchal, avait accepté de se ranger aux côtés des dissidents nord-africains. Après avoir entendu un rapport de M. Barthélemy, garde des sceaux, le conseil a décidé, comme première mesure, de déclarer déchus de la nationalité française l’amiral Darlan et le général Giraud (rapporté dans le Journal de Roubaix, samedi 28 novembre 1942).

1942 – 27 novembre : Vénus (type Amirauté) Toulon, quitte le quai du Mourillon, mais avarié est coulé en rade des Vignettes ; à 7 h,  il ne reste plus de Vénus qu’une trace d’huile à 1500 m dans l’est du phare jetée de Saint-Mandrier.

 FIN

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