
Le four à cade de Turben , à Signes en 1964 (diapositive H. Ribot)
Aujourd’hui : Laurent Porte – Fours à cade, fours à poix dans la Provence littorale. Les Alpes de Lumière, n°104, novembre 1990, 50 p.
« Un certain soir d’octobre 1981 deux charmantes archéologues se délectaient de morceaux de “cade” achetés Cours Lafayette à Toulon. J’eus l’imprudence de leur expliquer que ce gâteau d’origine italienne était fait de farine de pois chiches et d’huile d’olive, et non pas d’huile de cade, parfaitement incomestible, produite autrefois dans des fours dont j’avais connu quatre exemplaires dans ma lointaine jeunesse. Elles s’en ouvrirent aussitôt à M. Ribot, animateur de la Section archéologique de Sanary qui, après une excursion pour retrouver ces quatre fours, m’a invité avec une insistance persuasive à faire une prospection systématique dans les argélas et autres ronces ou kermès avant que ces témoignages ne disparaissent.
Effectivement la fabrication de l’huile de cade est presque complètement oubliée alors qu’elle fut un produit de base de la pharmacopée tant humaine que vétérinaire, et les fours furent très actifs jusqu’aux années 30. »
Ainsi s’exprimait Laurent Porte en introduction de son livre « Fours à cade, fours à poix dans la Provence littorale » publié sous le n°104 de la revue « Les Alpes de Lumière » en novembre 1990.
Permettez-moi de compléter son récit en élargissant le champ de son propos.
Médecin général des troupes de Marine, pharmacien de formation, cardiologue réputé de Sanary et grand chasseur devant l’éternel, le docteur Laurent Porte, dès qu’il atteignit l’âge de la retraite, avait rejoint l’équipe du Programme de recherches sur l’Ouest varois que j’animais alors.
« Ribot, me dit-il un jour, je prends ma retraite et j’aimerais pouvoir faire quelque chose avec ton équipe ! Je connais Siou Blan comme ma poche, donne-moi un travail ! ». Ne sachant que répondre, j’ai cherché dans mes archives un thème qui pourrait le satisfaire et, après avoir mis la main sur quatre diapositives, je les lui ai présentées en lui disant : « docteur, voici des clichés que j’ai pris au cours de nos prospections sur le terroir d’Evenos. Ce seraient des fours à cade, dit-on. Je ne sais qui les a bâtis, encore moins quand ils ont été utilisés. » Nous sommes partis sur le terrain à la recherche de ces quatre fameux fours. La quête du docteur fut couronnée de succès : en peu de temps, il réunit un corpus de près de 220 de ces fours, définit qui les avait bâtis, le pourquoi de ces constructions, le début et la fin de leur utilisation. Après que je lui eus demandé d’arrêter ses recherches afin d’en faire la synthèse, il s’entendit avec les éditions « Alpes de Lumière » qui publièrent, en novembre 1990, son livre « Fours à cade, fours à poix dans la Provence littorale » à trois mille exemplaires qui fit l’objet d’un retirage en 1994, excusez du peu.
L’éditeur des « Alpes de Lumière » ne s’y est pas trompé, qui a écrit : « Le Dr Laurent Porte […] ne s’est pas contenté d’une description et d’une nomenclature des fours. Par l’analyse d’archives, d’articles scientifiques anciens, et par des enquêtes auprès des derniers distillateurs d’huile de cade, il a pu reconstituer le contexte technologique, économique et social de cette activité.
« Au-delà des fours apparaît ainsi une gestion méthodique de la forêt méditerranéenne – accords entre propriétaires et distillateurs, organisation rationnelle des coupes et utilisation de tous leurs produits… Apparaît aussi, pendant un siècle, le perfectionnement d’une technologie dont le principe était maîtrisé de longue date – la poix, indispensable aux calfats au temps des bateaux en bois, était extraite du pin par un procédé semblable.
« Cette incursion des Alpes de Lumière en basse Provence ne doit pas étonner : du pays de Lure au pays de la Sainte-Baume, les contextes culturels sont très proches ; et l’étude de Laurent Porte touche directement à un thème cher à nos publications: celui de l’invention rurale. »
Heureux ceux qui possèdent cet ouvrage et qui savent que l’incomestible huile de cade et la délicieuse cade que tout Provençal adore s’inscrivent dans notre mémoire collective comme des marqueurs de notre histoire collective.
–24 janvier 2002 : A SANARY, ANNONCE DU DECES DU DOCTEUR LAURENT PORTE – « Chers amis, c’est avec tristesse que je dois vous annoncer le décès da docteur Laurent Porte. Depuis deux mois, frappé par une hémiplégie, il avait gardé la chambre, refusant de recevoir les soins que nécessitait son état. Il nous a quittés en fin de semaine dernière ; les funérailles ont eu lieu hier lundi. Sa famille, respectant sa volonté, a désiré que la cérémonie se déroule dans l’intimité, et n’a pas voulu publier de bans, ni informer le public de la disparition de notre ami. Henri Ribot. »

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